Jean-Louis Grinda dirige l’Opéra de Monte-Carlo et les Chorégies d’Orange. Il distingue les deux maisons pour construire ses programmations. S’il s’est déjà exprimé à propos de la situation orangeoise, il se limite, là, dans ses réponses, à la maison opératique de la Principauté de Monaco.

Comment élaborez-vous une saison à Monte-Carlo ?

La priorité est d’abord donnée au chanteur et à l’ouvrage si le chanteur est disponible. Je lui propose quelque chose qui ne sera pas convenu, comme, par exemple, une prise de rôle. Sinon, c’est le titre qui prime. Car c’est le titre qui s’inscrit dans les annales du Théâtre. Je suis très intéressé par l’histoire des endroits où j’étais et je crois que c’est en ça que je me vois comme un bibliothécaire : quelqu’un qui collecte des œuvres, qui a une relation particulière avec ses clients, qui fait relire des classiques, mais qui fait découvrir aussi de nouvelles œuvres. C’est exactement ce que j’ai fait l’été dernier à Orange avec Mefistofele.

Ne peut-on pas reprocher aux maisons d’opéra de répercuter les diminutions des subventions sur les nouvelles créations (NDLR : en moyenne les maisons d’opéra produisent une à deux nouvelles productions par an)

Les théâtres ont, en général, vu leurs subventions augmenter de façon remarquable pendant longtemps et leurs productions diminuer de façon tout aussi remarquable. Les frais fixes de gestion ont aujourd’hui “mangé” tout et dans certains théâtres  (ce n’est pas le cas à Monte-Carlo), les personnels sont pléthoriques, car souvent en régie municipale, avec des règles de régie qui obligent à toute sorte de contrôle et donc beaucoup de personnels administratifs : l’argent du théâtre part dans le fonctionnement et l’administratif et non dans l’artistique. D’où la diminution des productions.

Vous disiez que programmer deux représentations d’un même opéra aux Chorégies a sans doute été une erreur. Est-ce que cette hypothèse vaut aussi pour le théâtre fermé comme le vôtre ?

La différence est que le Théâtre antique d’Orange accueille 7 000 spectateurs alors que l’Opéra de Monte-Carlo n’en a que 1 000 places. L’échelle de salle n’est pas la même.

Certaines maisons d’opéras programment 7 à 8 représentations d’un même opéra. Seriez-vous favorable à cette politique à Monte-Carlo ?

Cela s’est déjà produit avec des opéras comme Rigoletto ou Traviata, mais avec deux distributions. Le problème à Monte-Carlo est que l’orchestre a une grande activité symphonique et qu’il faut parvenir à la faire coïncider avec la saison d’opéra.

Aujourd’hui, le public de Monte-Carlo est-il en décalage : de plus en plus de jeunes chanteurs de qualité face à un public vieillissant dans la salle. Avez-vous une politique à ce sujet , comme le fait Marseille avec Fortissimo réservé aux moins de 28 ans ?

J’organise des soirées intégralement dédiées aux moins de 25 ans, en pratiquant des tarifs étudiants. La distribution et la qualité des spectacles sont les mêmes que celles des soirées de gala. Et le public jeune vient. J’essaie d’éviter les classes, car, souvent il s’agit de jeunes venant dans une démarche individuelle ou en groupe d’amis…)

Un chanteur m’a dit que, peut-être, pour attirer un public plus jeune, il faudrait jouer des livrets nouveaux parlant des problèmes de société d’aujourd’hui, plutôt que de présenter les livrets déjà existants.

Je ne suis pas persuadé que des livrets traitant de sujets de société actuels passionne le public, fût-il jeune. Et puis, les livrets existants parlent de thèmes universels, qui traversent les âges. Exemple de Roméo et Juliette… C’est le travail des metteurs en scène qui peuvent, eux, transposer des œuvres dans des contextes plus contemporains. Je pense que cette faculté est plus accrocheuse que de parler de sujets actuels dans un opéra.

Je ne suis pas contre pour autant, mais, après tout, quels sont ces sujets actuels : ce sont les mêmes que ceux d’hier. L’opéra n’a jamais cherché à surfer sur l’air du temps. Il a peut-être cherché à plaire au Prince, mais jamais à surfer.

Il y a l’exemple de Verdi avec la Dame aux Camélias ?

C’est un exemple parmi tant d’autres, mais finalement, il n’y en a que très peu et, parmi eux, Les Noces de Figaro  de Beaumarchais et de Mozart et aussi Le Consul qui est un très bel opéra abordant un sujet politique.

Est-ce que l’Opéra de Monte-Carlo vous sert à faire « votre marché » pour les Chorégies ?

Cette façon de dire est un peu triviale…

Il est évident que les relations que l’on tisse dans sa vie professionnelle servent toujours. Mais il ne faut pas conclure de ma réponse que je dis « viens chanter à Orange et je t’engagerai au Théâtre », ou le contraire… Je ne ferai jamais une chose pareille car ce n’est pas une monnaie d’échange. De plus, les spectacles ne sont pas les mêmes à Monte-Carlo et à Orange.

J’ai discuté l’autre jour avec le photographe Abadie et il me disait que certains clients ne veulent pas que les choses changent dans l’opéra. N’est-il pas alors du rôle du Directeur d’éduquer le public ?

Tout à fait, mais ce sont des gens qui considèrent le spectacle comme un musée et non pas comme un art vivant. C’est aussi bête que de dire : « Je veux lire cette œuvre parce que je l’ai déjà lue » : il faut lire des œuvres que l’on ne connaît pas pour les découvrir. Ce qui n’empêche pas de relire celles que l’on connaît à la lumière d’ un nouvel éclairage.

Propos recueillis par Bruno ALBERRO

 

Les prochains spectacles en bref :

  • Le 25 octobre à 20 heures, la Veuve joyeuse en Ciné-Concert, Musique improvisée au piano de Jean-François Zygel d’après le film américain de 1925.
  • Les 19 novembre à 20 heures, 22 novembre à 20 heures, 25 novembre à 15 heures; Samson et Dalida Opéra en trois actes et quatre tableaux de Camille Saint-Saëns, en coproduction avec les Chorégies d’Orange et l’Opéra de Shanghai.
  • Le 15 décembre à 20 heures, Luisa Miller, opéra de Verdi en version concert avec la ténor Roberto Alagna.

Renseignement à l’Opéra de Monte-Carlo