Dima Bawab chantera dans Le Barbier de Séville à l’Opéra de Toulon, pour les fêtes de fin d’année. Elle fait partie des rares chanteurs lyriques de son pays : la Jordanie. Porte-flambeau, elle se sent chargée d’une mission de développer cet art. De ce partage entre le plaisir de chanter et cette position naturelle d’ambassadeur, le soprano en parle avec pudeur.

Les chanteurs lyriques jordaniens se comptent sur les doigts d’une main, il est vrai que l’opéra n’est pas la musique traditionnelle du Moyen-Orient. Dima Bawad fait partie de cette frange et elle ajoute d’ailleurs que certains de ses compatriotes chantent bien des airs d’opéra sans avoir eu de formation. Pour elle, beaucoup de choses restent à développer dans ce quasi-désert lyrique et presque sans Maison dédiée à l’opéra : « Il y a eu un projet de construire un opéra mais c’est très cher. Nous avons des théâtres et des scènes où on monte des concerts ou des productions, mais en revanche nous avons aussi beaucoup de sites archéologiques où nous pouvons jouer. Un concert dans un décor de colonnes romaines, c’est prestigieux. »

La soprano jordanienne Dima Bawab chantera à l'Opéra de Toulon pour les fêtes.

La soprano jordanienne Dima Bawab chantera à l’Opéra de Toulon pour les fêtes.

Cette position singulière d’ambassadrice ou de porte-flambeau l’art opératique oblige le soprano. Elle jauge qu’il lui est plus difficile de chanter en Jordanie qu’en France : « Ici, il y a une équipe sur le plateau et dans les coulisses, du monde qui nous entoure. En Jordanie, je chante devant un public où il y a mes parents et des amis et c’est un orchestre de là-bas. C’est différent, ça me fait une pression supplémentaire, et je dois gérer plus de choses. Je donne un ou deux concerts par an, en invitant des amis d’ici. Au fil des ans, le public voit mon évolution. La première fois que j’y aie chanté, j’avais suivi seulement trois mois de cours au conservatoire à Toulouse. Il y avait un petit public. La dernière fois, la salle était comble. On voit qu’un intérêt se développe pour l’opéra et avec les nouvelles technologies, on me suit en France et sur d’autres scènes.. Dans nos programmes, on cherche à faire plaisir avec des airs plus connus, le public aussi doit être formé. Toutefois, l’an passé, on a relevé le challenge de donner un programme Boulanger et Debussy, pour fêter le 100eanniversaire de sa mort. Un répertoire plus difficile pour le public. »

Ambassadrice du lyrique pour son pays, elle est aussi investie à l’intérieur de ses frontières, n’hésitant à se mêler à d’autres genres musicaux : « J’ai collaboré avec un artiste “Pop” connu au Moyen Orient, avec une reprise d’un tube de l’époque. Cette vidéo a aidé à faire connaitre l’opéra, car les jeunes qui écoutaient ce tube allaient sur ma chaîne et ont commencé à écouter l’opéra!  »

Dima Bawab fait partie des 2% de chrétiens vivant en Jordanie : « Mais l’intérêt pour la musique classique n’est un problème de religion ; pour moi c’est un problème d’éducation et ça dépend des parents. »

On peut comprendre sa chance, elle est née d’un père passionné de musique classique, qui lui a ouvert la voie : « Pourtant il est ingénieur, mais il en écoutait toute la journée. Il m’a amenée au Conservatoire et m’a poussée. C’est comme ça qu’à 18 ans, je suis venue en France. Les liens entre la Jordanie et la France sont toujours très forts. »

Ainsi, Dima Bawab a passé quatre ans à Toulouse avant d’intégrer le Conservatoire national supérieur de Paris.

Aujourd’hui, elle navigue toujours de scène en scène, entre le plaisir de jouer et son envie de partager son plaisir avec les Jordaniens. Elle glisse que son prénom n’est pas d’origine religieuse. Il apparaît dans la poésie arabe dont un vieux poème d’Abu Tamam de la période Abbasside, au IXe siècle. Il signifie : le nuage qui apporte la pluie, sans tonnerre, ni éclair.

Un message de paix lyrique.

Bruno ALBERRO

 

Photos crédit Stephanie McGehee

La vidéo de Dima Bawab “O mio babbino caro”, chanté a Jerash, un des plus beau site archeologique en Jordanie, au dessus de nous se trouve le Temple de Zeus. Enregistré en septembre 2017.

 

Où entendre Dima Bawab ?

  • Les 28, 30 et 31 décembre à l’Opéra de Toulon dans Le Barbier de Séville ;
  • Les 27 et 28 avril à l’Opéra du Grand-Avignon dans Les saltimbanques de Louis Ganne ;
  • Le 22 juillet dans l’Île de Ré pour le Requiem de Mozart ;
  • les 24 et 25 juillet dans L’Île de Ré pour La Flûte enchantée de Mozart.

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