Demain dimanche 20 janvier à 14h30, pour la seconde de La Bohème de Puccini, l’Opéra du Grand-Avignon vous entraîne dans le Paris du milieu du XIXe siècle. Dans un décor de Lionel Lesire où le blanc domine, où le fond de scène se structure de fenêtres sur la vie, où sur le plateau les éléments invitent à l’imagination et laissent les spectateurs respirer.
Réduire cette nouvelle production de La Bohème de Puccini de l’Opéra du Grand-Avignon aux souffrances du ténor Davide Giusti serait injuste, pour son courage de se présenter malade et de prendre le risque d’être critiqué à l’envi, pour ses collègues de la distribution appliqués à réussir le spectacle, pour les chœurs et la maîtrise maison, pour la mise en scène sobre de Frédéric Roels et Claire Servais, pour la direction musicale de Samuel Jean devant l’Orchestre régional d’Avignon-Provence.
On ne peut nier que le chat dans la gorge de Davide Giusti a quelque peu gêné les autres protagonistes du plateau, ne voulant sans doute pas écraser leur Rodolfo enfiévré du premier tableau, au propre comme au figuré. Même s’il s’est requinqué à l’entracte, pour rendre une copie satisfaisante en seconde partie.

Le soprano avignonnais Ludivine Gombert endossait la robe de Mimi, un rôle qu’elle habite c’est sûr, et qui correspond à sa personnalité. Scéniquement ou vocalement. Dans son jeu, tout en délicatesse et en retenue, comme en témoigne son “Mi Chiamano Mimi” qui pose l’argument de l’ouvrage. Elle incarne cette jeune femme gracile et fragile, vivant ses amours contrariées de non-dits jusqu’à sa mort avec ce “Sono andati? Fingevo di dormire” où ses pianissimi de la dernière scène tirent les larmes.

La Bohème de Puccini à Avignon Photos Cédric Delestrade

Ludivine Gombert a composé les amours du Paris du XIXe avec Davide Giusti. Photos Cédric Delestrade.

A côté du personnage de Mimi, discrète et pure, de blanc vêtue, il faut une Musetta de feu. Au café Momus, le mezzo Olivia Doray la nourrit, affriolante dans sa robe rouge, coléreuse dans le troisième tableau ou attristée, tendre et fraternelle dans le quatrième et dernier lever de rideau.
La clef de voûte de cet opéra, romantique à souhait, est Marcello, l’ami, l’amant, le confident toujours présent. Pierre Guiral, le directeur des lieux, l’a confié au baryton Philippe-Nicolas Martin. Bien lui en a pris. Son assurance scénique se conjugue aux états d’âme de l’ami fidèle.
Le baryton Boris Grappe campe un Schaunard passant allègrement de l’exubérance triomphante du premier tableau à la douleur de constater la mort de Mimi au final, sans que le timbre ne faillisse.
David Irland séduit dans son vieux manteau, le baryton-basse apporte la profondeur au drame des amitiés bohémiennes.

A la baguette, Samuel Jean embrasse cette Bohème de ses longs bras pour mieux la serrer contre lui. Son cœur compose avec les difficultés du moment, joue les équilibristes, donne le rythme et pousse les émotions, le chef porte le ténor qui fait de son mieux avec sa gorge crayeuse, en délicatesse ; il soutient les autres chanteurs solidaires installés bien devant lui, afin qu’ils ne se perdent pas ou ne se diluent pas dans l’extravagants déplacements. Les tableaux se déroulent sous ses yeux et Samuel Jean en chef de bande responsable y va de son énergie, et de son envie pour faire tourner une machine qui menaçait de s’enrayer.

Bruno ALBERRO

 

Photo Cédric Delestrade

En bref

Dimanche 20 janvier à 14h30 La Bohème de Puccini à l’Opéra Confluence du Grand-Avignon ;

Samedi 2 et dimanche 3 février Il monde alla reversa à l’Opéra Confluence du Grand-Avignon.

Renseignement à l’Opéra du Grand Avignon