La soprano Patrizia Ciofi est revenue à Mozart, le compositeur de ses débuts de carrière. Elle chantera la Comtesse dans “Le Nozze di Figaro” à Marseille à partir du 24 mars. Elle dit continuer tant que sa voix et son corps répondront, elle accepte les évolutions du temps qui passe tant que le public est là devant elle et que les responsables des maisons d’opéra l’invitent. Patrizia Ciofi progresse avec la nostalgie dans l’âme et sa vie en filigrane dessinée par la musique et les rôles à sa nouvelle mesure.

La soprano Patrizia Ciofi retrouve la scène de Marseille pour incarner la Comtesse dans “Le Nozze di Figaro” de Mozart. Le génie autrichien a lancé sa carrière avant que la chanteuse de Sienne soit adulée dans la folie de Lucia di Lammermoore de Donizetti, dans les soupirs énamourés de Gilda de Rigoletto ou encore dans Traviata de Verdi. Que des rôles où son sens du théâtre et sa voix chargée d’émotivité ont pu s’exprimer.
Patrizia Ciofi ne regrette rien, pas même d’être et d’avoir été. Elle dit bien qu’au début de sa carrière, elle n’imaginait pas une seconde que sa voix irait vers un autre répertoire, qu’elle garderait toujours ses aigus limpides, lumineux et tendres : « Je me voyais mourir jeune sur scène. Je suis là bien vivante et j’ai envie de continuer à chanter tant que j’aurais quelque chose à dire et ce que je chanterai touchera le public. Je vis avec cette nostalgie en moi. Ça ne date pas d’aujourd’hui, j’ai toujours été nostalgique de ce que j’avais fait auparavant. Je peux paraître jeune sur scène, mais je ne me vois pas être la fille d’un baryton de trente ans. Comme je ne me vois pas chanter Suzanne dans “Les Noces de Figaro”, alors que la Comtesse me va mieux. D’ailleurs quand je chantais Suzanne, je trouvais que les beaux airs étaient écrits pour la Comtesse.»
Patrizia Ciofi s’autorise des comparaisons entre ses états d’âmes et celles de la Comtesse : « Je me sens proche d’elle. C’est elle qui dit au Comte : je te pardonne. » La soprano italienne pardonne à la vie en grain de sable qu’on ne peut retenir, tout en appréciant que son corps et sa voix la soutiennent, que le public est là et que les directeurs fassent encore appel à elle : « La musique est l’expression de l’âme ; sur scène je me sens chez moi. »
Pourquoi ne pas avoir imité Natalie Dessay qui a mis fin à sa carrière ? «C’était une possibilité, peut-être que Natalie était lassée. Pour ma part, j’ai encore envie de chanter. »

Le soprano Patrizia Ciofi a laissé des souvenirs impérissables aux Chorégies d'Orange dans les rôles Lucia, Gilda ou Violeta. Photo Christophe AGOSTINIS

Le soprano Patrizia Ciofi a laissé des souvenirs impérissables aux Chorégies d’Orange dans les rôles Lucia, Gilda ou Violeta. Photo Christophe AGOSTINIS

Patrizia Ciofi mesure le temps avec la nouvelle génération qui monte : « C’est vrai que beaucoup de programmateurs veulent avec eux des voix nouvelles. Et puis, ce sont souvent des jeunes filles amoureuses qu’on nous demande d’incarner. A un moment donné, aujourd’hui, une voix et un physique jeune ne suffisent pas, notre âge est là. Que ce soit pour le public ou les directeurs. Ce phénomène actuel il faut l’accepter ; le chanteur aussi a une date de consommation. »
Bien de consommation qui voit éloigner Patrizia Ciofi d’un retour aux Chorégies d’Orange : « J’ai eu des moments incroyables dans Lucia, Rigoletto ou Traviata, quand j’y repense la nostalgie revient. Mais il y a une nouvelle direction, le changement aussi s’accepte. Enfin je reviendrais pour Musiques en fête (NDLR : diffusée en direct sur France 3 du théâtre antique d’Orange). »
D’ici là, Patrizia Ciofi est attendue à Berlin pour une production contemporaine, elle se rend en Allemagne sans trop de repères : « Je ne sais pas comment ce sera cette création avec une musique dodécaphonique. Je pense qu’aujourd’hui l’opéra devrait faire comme au cinéma, ou au théâtre : écrire aussi des livrets pour des femmes représentant celle de quarante ou cinquante ans. Nous pourrions faire profiter de notre vécu et de notre expérience accumulée pendant plusieurs années sur scène. »
Le souhait de Patrizia Ciofi reste toujours de chanter le rôle titre de Cio-Cio san dans “Madama Butterfly” de Puccini : « Je le ferai quand je saurais que ce sera la dernière fois que je me produirais sur scène. »

Bruno ALBERRO

 

Photo de Une Studio Hartcourt

La vidéo de Patrizia Ciofi

Où entendre Patrizia Ciofi ?

  • Du 24 mars au au 3 avril dans “Le Nozze di Figaro” de Mozart, mise en scène par Vincent Broussart et dirigée par Mark Shanahan avec Anne-Catherine Gillet ; Marie-Ange Todorovitch, Christian Federici et Mirco Palazzi.

Renseignement à Patrizia Ciofi et à l’Opéra de Marseille