Pour clore sa saison opératique, les dimanche 26 et mardi 28 mai, l’Opéra de Toulon invite à retrouver Eugène Onéguine, opéra de Tchaïkovski, dans une mise en scène d’Alain Garichot.

L’histoire d’Eugène Onéguine raconte combien Tchaïkovski a conservé dans sa composition l’esprit et les traditions russes de cette première moitié du XIXe siècle, pour peindre les ambiances décrites dans le roman éponyme de Pouchkine. Le metteur en scène, Alain Garichot, pouvait compter  sur le plateau sur de jeunes chanteurs ayant l’âge du rôle, ils glissent entre les troncs d’arbres comme seuls décors, piliers des états d’âme des protagonistes qui s’élèvent vers le ciel comme des prières, des colonnes dressées de la langueur éternelle slave, comme un ode à la mélancolie. Le réalisateur fait de la lettre le centre de l’ouvrage, réduisant à minima les pas et les effets, plaçant les chanteurs et les chœurs bien en face de Dalia Stasevska, la jeune cheffe d’orchestre finno-ukrainienne invitée à diriger cette production. Baguette ferme, tendue, coulant de la générosité à l’introspection jusqu’à l’extrême, une démonstration de direction en contraste avec la simplicité du jeu des artistes composant la distribution.
Eugène Onéguine est certes une histoire narrative, mais à la mode de la littérature russe où chaque personnage tient un rôle clé à jouer. Il en de même avec l’opéra où chaque soliste se doit de libérer son aria pour relancer l’argument de cet ouvrage.
Une fois n’est pas coutume, le drame de cet ouvrage est incarné par Onéguine interprété par le baryton polonais Simon Mechlinski. Sous sa redingote et chapeau haut-de-forme, il porte avec naturel l’oisiveté, l’orgueil de son personnage qui s’enfuit dans la folie des remords de ses amours interdites envers Tatiana, incarnée par la soprano Natalya Pavlova ; une habitué de ce rôle complexe pour passer de la fragilité de l’ingénue à l’épouse responsable fidèle à son engagement. Que dire de cette lettre adressé à son amant et voisin où la soprano se montre si fleur bleue et innocente pour toucher nos âmes.
Le contre-alto irlandais Fleur Barron offre l’insouciance à Olga, Nona Javakhidze campe avec justesse Madame Larina et Sophie Pondjiclis rappelle la nourrice aimante et dévouée.
Le ténor biélorusse Pavel Valuzhin se transfigure du fier ami d’Onéguine à la mort, de l’orgueil de l’amour triomphant à la victime de la jalousie exacerbée. On suit cette descente aux enfers dans la scène du bal. C’est tellement vécu que Pavel Valazhin donne envie de monter sur scène pour qu’on le sorte de sa torpeur. Mais non, nous sommes chez Pouchkine et Tchaïkovski. Ca se passe sur le plateau.
Même si le rôle du prince Grémine se limite à un seul air, il faut le tenir dans une dignité princière pour exprimer l’amour qu’il ressent au côté de Tatiana. Il distille son affection tout en retenue et en souffrance.
La Russie du XIXe siècle possède dans la haute société des accents français. C’est au bal où apparait Monsieur Trinquet repris par Eric Vigneau pour interpréter sa galanterie très vieille France coulant dans une longue phrase susurrée dans la langue de Molière.

Bruno ALBERRO

 

Photos crédit Frédéric Stephan

En bref

  • Les dimanche 26 mai à 14h30 et mardi 28 mai à 20 heures, à l’Opéra de Toulon, Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans une mise en scène d’Alain Garichot et dirigé par Dalia Stasevska.
  • Prochain opéra “Andrea Chénier” les 11, 13 et 15 octobre.

Renseignement à l’Opéra de Toulon