Le directeur des Chorégies d’Orange, Jean-Louis Grinda dit sans  retenue qu’il dort bien. Pourtant le festival lyrique fête ses 150 ans avec des dates supplémentaires par rapport à l’ordinaire. Il commence tout juste, avec le concert du ténor Ramon Vargas, ce mardi 2 juillet à la cour Saint-Louis.

La fatigue endort les soucis permanents d’un responsable de festival ou d’un metteur en scène. Jean-Louis Grinda, directeur des Chorégies d’Orange cumule les heures puisqu’il signe aussi Guillaume Tell  de Rossini pour les 150 ans de rendez-vous lyriques aux théâtre antique. Il ajoute l’artistique au milieu des tâches administratives et de gestion. « Il faut récupérer vite », glisse celui qui a pris les rênes dès le printemps 2016, avec une année d’avance sur sa prise de fonction prévue. Il ne cache pas que s’il disposait d’une heure ou deux heures de sommeil supplémentaires, il n’en serait que plus satisfait : « C’est normal, je me couche tard et je me lève tôt. Je n’ai pas le temps de me poser des questions il y a une centaine de personnes qui travaillent. Les grandes lignes sont définies bien avant, mais tous les jours, il se présente des choses à régler. »

Le choix de l’œuvre, avec et ultime opéra de Rossini, jamais joué à Orange, le ravit et semble lui donner raison, chiffres à l’appui. Avec près de 6000 places vendues pour la seule date du 12 juillet. Jean-Louis Grinda avait lancé l’idée l’an passé de revenir à une seule représentation d’un opéra, on pouvait penser que c’était une réflexion en l’air. Que nenni ! L’idée a mûri depuis et même se concrétise : « C’est comme pour assister à une finale de Coupe du monde, elle ne se joue qu’une fois ; si on veut la voir, il faut être là. »
Quand on lui fait remarquer qu’il donne l’impression de diriger les Chorégies d’Orange vers un festival d’alternance où les spectacles se suivent sans se ressembler, Jean-Louis Grinda confirme : « Les années précédentes, nous avons fait des essais, avec la danse par exemple, et de nouveaux opéras. Sur le plan artistique, ça marche et le public suit, je m’étais donné trois ans et je suis dans les temps. La sagesse, avec l’ancien fonctionnement du festival, aurait voulu de ne pas présenter Guillaume Tell, cette année et de donner des ouvrages habituels :Tosca, Aida… Le public ! Il ne faut le sous-estimer, il aime aussi découvrir des choses nouvelles. Et puis dans les années à venir, si j’ai la possibilité d’ajouter du théâtre je le ferais. Tous les spectacles que nous présentons aux Chorégies n’ont pas tous vocation à remplir le théâtre antique et ses 8000 places; je cite l’exemple du ciné-concert. Quand on fait six mille places à Orange, ça signifie qu’on fait six représentations à Aix. Je refuse à faire du festival une machine commerciale. Mon but est de créer du désir chez les gens, de les faire venir pour un moment unique.»
Pour jauger ses choix et le mélange des genres, un petit regret perce la voix de Jean-Louis Grinda quand il dit que Jeff Mills peine à attirer un public.
Comme à son habitude, Jean-Louis Grinda restera discret sur les programmations à venir, n’étant pas encore validées par le conseil d’administration de Société publique locale qui gère maintenant le festival. Par recoupement, on peut deviner qu’il y aura “Samson et Dalila” de Camille Saint-Saëns. Avec ou sans le ténor Roberto Alagna ? A part une petite moue, suivie d’un sourire, rien ne transpire : « Nous discutons, des rôles sont réservés mais rien n’est signé. Roberto Alagna est un ami de trente ans, je sais qu’il a beaucoup envie de revenir aux Chorégies. »
Le frein artistique de Jean-Louis Grinda n’est pas une question de cachet. Il se plaît à dire qu’une vedette apporte autant que ce qu’elle coûte.
Le directeur du festival lyrique dit bien qu’il se sent libre de ses choix artistiques : « Partout où je suis allé, et où je vais, j’ai cette liberté, elle est essentielle. Je peux me sentir libre mais je ne suis pas déraisonnable. Je sais que des ouvrages ne sont pas faits pour ici. Les Troyens oui ! Wozzek, non ! Comme le baroque, c’est difficile à présenter à Orange. Il y a deux problèmes : Un, c’est la puissance des instruments et deux : la météorologie. Les instruments souffriraient trop. Il faudrait peut-être sonoriser, mais je suis opposé à la sonorisation. Ce qu’on attend d’un chanteur d’opéra c’est qu’il passe la fosse d’orchestre. »
Pas question non plus de multiplier les lieux pour Jean-Louis Grinda : « Le public vient pour le théâtre antique. Pas pour voir un spectacle au palais des princes. »
Jean-Louis Grinda ne s’est pas donné de dates pour rester à la tête des Chorégies d’Orange : « Ça va s’arrêter un jour. » 

Bruno ALBERRO

 

Au Programme

Les Chorégies d’Orange fête leurs 150 ans du 2 juillet au 6 août, cette année avec douze dates pour treize spectacles. Deux opéras sont à l’affiche : Guillaume Tell de Rossini et Don Giovanni de Mozart. La VIIIe symphonie de Mahler sera à la dimension de l’événement avec l’Orchestre national de France et le Philharmonique de Radio-France réunis pour la première fois de leur histoire. Outre les concerts et la danse avec Roméo et Juliette du ballet de Monte-Carlo, la venue de la soprano Anne Netrebko, la présence de Placido Domingo, et Jeff Mills, le singulier prince de la musique électro au sein du festival lyrique, étoffent l’affiche.

  • Le 2 juillet, récital Ramon Vargas ;
  • Le 6 juillet, Nuit espagnole ;
  • Le 8 juillet, récital Le Soleil de Naples ;
  • Le 11 juillet, concert Jeff Mills ;
  • Le 12 juillet, Guillaume Tell de Rossini ;
  • Le 16 juillet, concert Révélations classiques Adami ;
  • Le 17 juillet, Ballet Roméo et Juliette ;
  • Le 20 juillet, gala Netrebko et Eyvazov ;
  • Le 29 juillet, la VIIIe Symphonie de Mahler ;
  • Les 2 et 6 août, Don Giovanni de Mozart ;
  • Le 4 août, Ciné-concert avec Jean-François Zygel.

Renseignement aux Chorégies d’Orange