Il y a d’un côté les purs et durs de la musique classique. De l’autre, les purs et durs de la musique par assistance électronique. Les deux mondes ont comme point commun de refuser le mélange des genres. Au milieu de ces deux univers, Jeff Mills avec sa boite à rythme, installé dans un orchestre symphonique, comme ce jeudi aux Chorégies d’Orange.

Les purs et durs des deux côtés sont restés chez eux.

Les Classico curieux se sont dit : on va voir !

Alors que les électro modéré ont combattu les préjugés, comme quoi un concert ne s’écoute pas, a priori, dans ce type de lieux et moins encore dans un festival lyrique.

Dans les premiers temps, les codes des uns et des autres ont coexisté. Silence curieux et poli d’un côté, coup de sifflets à l’entame des morceaux de l’autre. Sans savoir que le chef d’orchestre du soir, Christophe Mangou, avait besoin de se concentrer pour lancer sa baguette.

Le public classique n’est pas fan de se savoir perturbé par les étoiles de téléphone portable, les selfies et les bières à aller chercher toute la soirée pour immortaliser le moment et le vivre à la mode jeune génération. De l’autre côté ces mêmes jeunes se sont accommodés, en voyant quelques cheveux blancs, pour se dire qu’ils se trouvaient ailleurs, dans un no man land que séparent la leur des trois ou quatre générations précédentes. Les différences se sont estompées et les générations se sont mises à se parler pour respecter les codes de chacun et trouver un équilibre. Comme cette grand-mère s’adressant à un jeunot :

  • “Tu es bavard et ce serait bien que tu restes assis que je puisse voir”.

Et l’autre de répondre gentiment, la bière et le clope à la main :

  • “Mamé, si je parle c’est que j’aime la musique.”
  • “Comme toi j’aime la musique, mais j’écoute mon petit.”

Au fil des morceaux,  les chahuteurs et les introvertis se sont retrouvés. A la fin du concert même, les deux groupes ont communié pour atteindre le silence dans les gradins où le public conservait les yeux fixés sur les instrumentistes. Saluant les performances des percussionnistes, et des autres musiciens de l’orchestre. Respectant le solo de Cordélia Palm au violon ou celui de violoncelle de Nicolas Paul, nimbant l’hémicycle romain. Il est vrai que Jeff Mills, en périphérie s’est fondu dans la phalange, comme un interprète presque ordinaire, ou un concertiste, se laissant entraîner par le maestro à la direction sobre et métronomique, au service de la partition.

Devant lui, l’Orchestre régional Avignon Provence s’est appliqué dans cet univers sidéral, mariant les sons façonnés et les notes des instruments pour restituer une musique visuelle, quasi cinématographique. Les pupitres montrant leur plaisir à jouer d’autres répertoires.

Dans les gradins, une partie du public s’est mis à apprécier que tous les sons numérisés peuvent être joués par des musiciens, sans l’aide d’ordinateurs.

Bruno ALBERRO

 

Photo Philippe Gromelle

Le programme 2019

Les Chorégies d’Orange fête leurs 150 ans du 2 juillet au 6 août, cette année avec douze dates pour treize spectacles. Deux opéras sont à l’affiche : Guillaume Tell de Rossini et Don Giovanni de Mozart. La VIIIe symphonie de Mahler sera à la dimension de l’événement avec l’Orchestre national de France et le Philharmonique de Radio-France réunis pour la première fois de leur histoire. Outre les concerts et la danse avec Roméo et Juliette du ballet de Monte-Carlo, la venue de la soprano Anne Netrebko, la présence de Placido Domingo, et le singulier prince de la musique électro au sein du festival lyrique étoffent l’affiche.

  • Le 12 juillet, Guillaume Tell de Rossini ;
  • Le 16 juillet, concert Révélations classiques Adami ;
  • Le 17 juillet, Ballet Roméo et Juliette ;
  • Le 20 juillet, gala Netrebko et Eyvazov Annulé;
  • Le 29 juillet, la VIIIe Symphonie de Mahler ;
  • Les 2 et 6 août, Don Giovanni de Mozart ;
  • Le 4 août, Ciné-concert avec Jean-François Zygel.

Renseignement aux Chorégies d’Orange