La VIIIe symphonie de Mahler ! Un monument à la gloire de la musique et de sa démesure. C’était le point d’orgue de cette nouvelle édition des Chorégies d’Orange avec cet ouvrage à la dimension du théâtre antique : unique. Elle devait marquer les 150 ans du plus vieux festival lyrique. Symphonie des Mille, l’a-t-on appelé dès sa première en 1910. Là sur la scène antique ils étaient un peu moins de la moitié. Suffisant pour soulever les passions et nourrir les applaudissements d’un public dont une partie découvrait l’ouvrage en deux parties, à la fois distincte et complémentaire.

Distincte quand la première partie ressemble à une cantate avec ses textes sacrés remontant du Moyen-âge, alors que la seconde se veut plus poétique en reprenant le mythe de Faust de Goethe. Le lien commun entre ces deux parties est la transcendance pour aller vers le secret, le précieux ou le mystère. En tout cas vers une élévation comme le voulait les bâtisseurs de cathédrale, comme le rêve l’humain pour conserver jeunesse et éternité. Dans le final Goethe écrit : “« Tout ce qui est transitoire n’est que parabole, l’imparfait trouve ici son plein accomplissement, Ici ce qui ne pouvait être écrit devient réalité, L’Éternel Féminin nous entraîne vers le haut » D’autant que, comme composait Bach, Mahler termine ses deux parties par un choral, une prière d’élévation du terrestre vers le céleste. L’humain conscient de sa condition qui regarde vers le ciel en espérant une aspiration ou l’inspiration d’un ange.

Pour effectuer cette perpendiculaire, il fallait une baguette qui s’échappe de la partition, une baguette engagée, forte et aérienne, extatique pour sublimer cet appel de l’humain. Le maestro Jukka-Pekka Saraste a servi une littérature sans tâche, presque un disque à écouter. Aucune faute, aucun risque, propre et nette.

Pourtant, le chef finlandais n’est pas étranger au compositeur  autrichien, cela fait longtemps qu’il baroude d’orchestre en orchestre et de salle en studio avec les partitions de Mahler dans sa besace. On a du mal à penser qu’avec son expérience, Jukka-Pekka Saraste se soit laissé intimider par l’enjeu et la masse musicale de la VIIIe. On a du mal aussi à chercher ailleurs des causes et des circonstances, que dans sa direction quasi pédagogique.

L’exception était cette VIIIe monumentale aux Chorégies d’Orange, pour un anniversaire singulier, l’exception est devenue raison, elle s’est cantonnée à l’annonce alléchante et au rêve d’entendre une littérature unique dans un lieu unique.

La qualité d’interprétation des deux orchestres de Radio-France, l’engagement des huit solistes, des Choeurs de Radio-France et du Philharmonique de Munich et de la Maîtrise de Radio-France n’ont pas suffi à réveiller les forces physiques qui génèrent des frissons ou mouillent les paupières.

La forme académique n’est pas parvenue à pénétrer les corps pour toucher les âmes.

Démonstration a été faire que la beauté n’est pas dans le parfait et le lisse, mais dans la sublimation hors du concret et du réalisme.

Les lumières et les bougies d’anniversaire éteintes, il reste l’illusion du beau.  Dommage !

Bruno ALBERRO

Renseignement aux Chorégies d’Orange

 Les solistes