La seconde de Don Giovanni est à l’affiche le mardi 6 août à 21h30 aux Chorégies d’Orange, dans une mise en scène de Davide Livermore. L’opéra de Mozart sera dirigé par Frédéric Chaslin devant l’Orchestre national de Lyon.
Oserait-on aux Chorégies d’Orange ? Sortir du classique de l’opéra en costume, on s’entend ! C’est du moins ce que propose Davide Livermore, metteur en scène de Don Giovanni de Mozart, dont la seconde sera donnée mardi 6 août au théâtre antique, sur son immense scène qu’il faut bien occuper avec cet ouvrage très intimiste. Comme en témoigne les chœurs réduits à leur plus simple expression de quelques mesures pour les femmes et deux airs pour les hommes. Pas de quoi se mettre en valeur pour les Chœurs de Monte-Carlo et d’Avignon invités de cette production.
Dans Don Giovanni, tout se passe dans la fouille des sentiments que traversent les huit solistes pour peindre les deux actes de l’ouvrage. Le réalisateur a fait le choix de la vidéo plutôt que de décors. Aux projections, Davide Livermore ajoute des éléments anachroniques et des effets qui déclenchent les surprises et le rire. L’anachronisme, on comprend qu’il évoque l’intemporalité du mythe du séducteur libertaire, on comprend aussi que Don Giovanni en jetant, par moment, un coup d’œil à son cadavre étendu sur le plateau, revoit ses derniers instants terrestres, sans rien regretter. Lui ou un autre de sa trempe reviendra. Mais foin de la réflexion ou du poids imposé par le Princer sur la liberté, dans notre société. Laissez-vous porter par le spectacle servi par un octuor de solistes rarement entendu dans un opéra, où souvent la distribution affichent quelques faiblesses.

 

Dans ce Don Giovanni non ! Le jeu de chacun rend crédible les situations avec des gestes tactiles et évocateurs de la séduction. Comme l’an passé dans Mefistofele de Boito, Erwin Schrott en Don Giovanni excelle : cabotin, moqueur, avec sa gestuelle de dragueur italien, il convainc. Don Giovanni : c’est lui ! Mais il ne peut y avoir un bon Don Giovanni sans un Leporello à la hauteur, incarné ici par  le baryton Adrian Sâmpétrean, transformé pour l’occasion en homme de main.

 

Le théâtre antique avait découvert le ténor Stanislas de Barbeyrac  en 2011 dans le rôle de Borsa de Rigoletto. Huit ans plus tard en endossant le costume de Don Ottavio, et après une Victoire de la musique en 2014, les gradins antiques ont entendu une voix élargie du ténor, à l’aise dans ses déplacements et dans son jeu. Son légato éthéré dans l’aria “Il moi teroso” a retenu le souffle des gradins romains.

 

Compère de la vengeance d’Ottavio, Igor Bakan en Masetto, paysan jaloux et possessif est criant de vérité ; il joue et chante tous les registres du fourbe et du lâche.
La distribution féminine charme dans cet univers de séduction ; en témoigne Karine Deshayes qui a trouvé pour cette 4e participation un rôle à sa mesure à Orange. Si Schrott est Don Giovanni, Deshayes est Donna Elvira ; on crie avec elle, on gifle avec elle, on court derrière la voiture avec elle.
Pour ses premiers pas à Orange, Annalisa Stroppa revêt  la robe fleurie de Zerlina pour interpréter le duo baryton–mezzo, repris régulièrement dans les concerts quand Don Giovanni et Zerlina reprennent  coeur à coeur “Là ci darem la mano”. Qui dit air connu, dit piège car chacun dans les gradins à son “Donnez moi la main” dans l’oreille. 

 

Après deux changements dans la distribution de Donna Anna, le rôle de la femme violée et orpheline est revenu à la soprano Marieangela Sicilia. En habitant son personnage complexe et partagé, entre la morale et son amant impénitent, bien lui en a pris d’avoir accepté ce rôle où elle s’est montrée à son avantage.

 

Pour lier les beautés vocales et scéniques du plateau, pour trancher avec l’exubérance et l’esthétique forcée de la mise en scène, il fallait trouver la sagesse pour apaiser et équilibrer ce moment, quoi de mieux dans un opéra que ce rôle revienne à la musique par le chef d’orchestre. Que serait un opéra sans une flamme intérieure entretenue, comme a su le faire Frédéric Chaslin qui s’est vu confier la  direction musicale de cette production, devant l’Orchestre national de Lyon ; main droite métronomique et main gauche sobre et efficace  pour obtenir les ombres et lumières de cet opéra ouvert à tous les symboles et à toutes les propositions, sans les trahir.

 

Bruno ALBERRO

Photos crédit Bruno ABADIE

La distribution

Le programme 2019

Les Chorégies d’Orange fête leurs 150 ans du 2 juillet au 6 août, cette année avec douze dates pour treize spectacles. Deux opéras sont à l’affiche : Guillaume Tell de Rossini et Don Giovanni de Mozart. La VIIIe symphonie de Mahler sera à la dimension de l’événement avec l’Orchestre national de France et le Philharmonique de Radio-France réunis pour la première fois de leur histoire. Outre les concerts et la danse avec Roméo et Juliette du ballet de Monte-Carlo, la venue de la soprano Anne Netrebko, la présence de Placido Domingo, et le singulier prince de la musique électro au sein du festival lyrique étoffent l’affiche.

  • Le mardi 6 août à 21h30, Don Giovanni de Mozart au théâtre antique ;
  • Le 4 août, Ciné-concert avec Jean-François Zygel.

Renseignement aux Chorégies d’Orange

Déjà parus aux Chorégies

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