Se faire un réseau et rester soi-même. On pourrait résumer par ces deux qualificatifs un entretien avec la pianiste Lise Khatib. Partage ne sera pas loin, humanisme, non plus. Elle dit bien qu’elle est toujours étudiante, même si quelques dates noircissent son agenda. Native de Bagnols-sur-Cèze, c’est au conservatoire de cette bourgade du Gard, qu’elle a commencé le piano, avant de poursuivre à Avignon et aujourd’hui à la Haute école de musique de Lausanne.

Le piano, l’instrument choisi par Lise Khatib, sur la proposition de ses parents qui, dit-elle, n’ont rien imposé aux trois sœurs de fratrie. Elle confie qu’enfant poser ses doigts sur ces 88 touches blanches et noires ne lui procurait pas toutes les satisfactions attendues. Jusqu’à l’arrivée de son professeur Caroline Katchatourian : « C’était l’adolescence, elle m’a proposé des choses plus intéressantes et ça a été le déclic. J’ai de la chance que la passion pour le piano est au-dessus de tout, sinon je ne sais pas ce que j’aurais eu envie de faire comme métier.  Je voulais être chercheuse, enseignante en lettres aussi car c’est un bel engagement pour la société. Je voulais aussi être médecin pour des causes humanitaires, quand on voit tout ce qu’ils font, il faut les aider. Oui ! Beaucoup de choses m’intéressent. »

La pianiste Lise Khatib

La pianiste Lise Khatib sera en concert à Lausanne, Sorgues et Aramon en attendant d’autres dates.

Ce qu’elle aimerait c’est oublier le temps de quotidien afin de pouvoir rester soi-même entre rigueur nécessaire et la liberté d’expression : « Heureusement j’ai des professeurs pour m’aider, me conseiller, me guider, je leur suis très reconnaissante de leur investissement… Je me dois d’être rigoureuse, de travailler suffisamment mais aussi ne pas me laisser absorber par le travail pour jouer comme je le sens sur le moment. »
Lise Khatib se dit consciente du poids de l’image aujourd’hui, surtout avec les réseaux sociaux lisible en permanence : « C’est vrai que je fais attention, mais je n’ai pas envie de tout contrôler, je me sens étouffer par les réseaux sociaux. Je me dis aussi que les gens sont intelligents et savent faire la différence entre ce qui est privée et mon activité professionnelle. Par exemple, je suis allée en voyage, j’ai posté des photos, ma vie privée me regarde. »  
Cette soif de vivre Lise Khatib la ressent aussi pour la musique : « J’aimerais être concertiste, car c’est là où je me sens le mieux. Mais enseigner le plairait aussi, j’aime l’esprit de la transmission. J’ai eu l’occasion d’accompagner des chanteurs, c’est différent mais c’est très intéressant aussi. » En janvier prochain, elle donnera le concerto n° 17 de Mozart à Aramon dans le Gard, avec des musiciens amateurs sous la direction d’un chef amateur également: « Bien sûr c’est différent que d’être porté par un orchestre de professionnels, mais je le prends comme un projet et un moment partagés autour de la musique.»
La pianiste ne souffre pas de la concurrence, estimant que tout le monde peut travailler : « Ce qui est important, c’est de se constituer un réseau. Le plus difficile pour moi c’est d’apprendre ” à me vendre”, même si je n’aime pas ce mot là. Il faut savoir faire son C.V. Ce n’est pas de me comparer à untel ou un tel qui est gênant. Ce n’est pas nécessaire de se comparer, on a tous des qualités. Chacun doit mener sa barque. Parfois après avoir écouté un confrère je n’ai pas envie de me dire qu’il joue mieux ou moins bien, je me dis que j’aimerais bien avoir son réseau. »
Dire qu’un musicien est dans le partage, c’est convenu comme expression ; dans la bouche de Lise Khatib, ce mot prend un autre sens que la relation entre un élève et un professeur ou entre un artiste et le public. Elle se dirait honorée d’être invitée ou proposer à participer à un concert de bienfaisance en particulier pour venir en aide aux réfugiés de Syrie ou plus généralement du Moyen-Orient : « Mon père est d’origine syrienne. Je suis forcément sensible à ce qui se passe dans ce pays où nous avons encore un peu de famille, dont des cousins. Un de mes oncles a pu passé en Turquie, on doit aller le voir. Nous aurons plus d’informations. Car c’est difficile d’avoir des nouvelles. »

Bruno ALBERRO

 

Où entendre Lise Khatib ?

  • Le 26 novembre au Steinway Hall de Lausanne dans un programme qui mélange mélodies, airs d’opéra avec la soprano Elisabeth Montabone et pièces pour piano solo ;
  • Le 01 janvier à la médiathèque de Sorgues pour le concert du nouvel an ;
  • Le 25 janvier à l’église d’Aramon avec l’orchestre ARtemuz dirigé par Gaël Florens.

 

La Biographie

Lise Khatib commence le piano à l’âge de 7 ans au Conservatoire de Bagnols-sur-Cèze, et intègre ensuite le Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR) d’Avignon puis celui de Paris où elle obtient un DEM (Diplôme d’Etudes Musicales) de piano dans la classe d’Éric Vidonne. Elle suit également des cours d’accompagnement de mélodie et lieder, de musique de chambre et d’orgue, se forme dans de nombreuses disciplines d’érudition et obtient une licence de musicologie à la faculté de la Sorbonne, un DEM d’analyse dans la classe d’Anthony Girard, et un CEM (Certificat d’Etudes Musicales) d’écriture dans celle de Jean-Dominique Krynen. Par la suite, elle continue sa formation pianistique auprès de Marie-Paul Siruguet au CRR de Boulogne-Billancourt où elle obtient un second DEM de piano.

Depuis 2017, elle se perfectionne à la Haute École de Musique de Lausanne (HEMU) dans la classe du pianiste concertiste Pascal Godart. Ayant obtenu un bachelor of art en juin 2019, elle poursuit désormais son cursus en master orientation pédagogique.

Elle a travaillé avec de nombreux pianistes de renom, notamment Antoine Mourlas, Romano Pallotini, Marc Pantillon, Stephane Granjon, Vincent Coq ou encore Florent Boffart et a été lauréate de plusieurs concours internationaux (flame, CMF).

Elle affectionne le répertoire des lieder et mélodies et forme depuis 2015 le duo « Auralie » avec la contre-alto Auriane Foucher et un autre duo avec la soprano Élisabeth Montabone. Elle se produira avec cette dernière le 26 novembre au Steinway Hall de Lausanne.

Par ailleurs, elle s’intéresse au répertoire soliste de l’instrument. Son amitié avec Gaël Florens, créateur et chef de l’orchestre amateur Artemuz lui permettra de se produire en soliste dans le 17e concerto de Mozart les 4 et 25 janvier 2020 à la médiathèque de Sorgues et à l’église d’Aramon.

La vidéo de Lise Khatib