Depuis sept ans, Lidia Izossimova a posé ses valises à Strasbourg à deux pas de l’Allemagne où elle a des projets. C’est ici où elle s’est installée après avoir quitté son pays : la Russie. C’est l’amour, glisse-t-elle qui a défini la destination de son expatriation.

La langue de Molière apprise à l’Académie de Moscou et l’amour ont guidé ses pas vers la France. Ces éléments convergents donnent des ailes à la jeune cantatrice, Lidia Izossimova, dont le nom trouve ses origines en Sibérie quand le saint Zosima s’est installé après le schisme entre anciens et nouveaux orthodoxes.

Comme beaucoup de candidats au départ, Lidia Izossimova ne se sent plus vraiment de son pays, et pas tout à fait française : « Maintenant, je ne sais plus où est ma maison. » Belle image.

Ce n’est pas une raison de n’avoir que des amis russes ou slaves : « Ce qui s’est fait des amis ce n’est pas qu’on vient du même pays mais ce qu’on ressent à l’intérieur et dans le cœur. L’amitié c’est quelque chose de privée. En venant ici en France, j’ai vu la richesse du patrimoine. En Russie ça n’existe pas. Tout ce qui est ancien a, soit pourri, soit brûlé.»

Lidia Azossimova, soprano, photo Jacques Uhrweiller

Lidia Azossimova s’est installée à Strasbourg, ville frontière. Photo Jacques Uhrweiller

La solitude de l’artiste évoquée avec Lidia Izossimova prend un autre sens surtout quand elle se présente comme solitaire : « J’ai besoin de cette solitude, elle me permet de me concentrer sur mon travail, de me reposer en étant seule. Gérer la solitude toute seule, c’est ne rien attendre des autres, c’est ce qui vous rend plus fort.  J’ai appris à gérer la solitude à me créer un espace pour moi et du temps pour moi. Car le repos fait partie de mon travail. Ce n’est pas facile de dire non à ses amis, mais je suis obligée. »

Dire non, c’est aussi une façon pour la soprano russe de se protéger pour durer, le souhait exprimé par Lidia Izossimova qui annonce passer des auditions pour se faire connaître. Si son physique répond au canon d’aujourd’hui, Lidia Izossimova préfère qu’on retienne la voix : « Le physique n’est pas le plus important, je trouverai dommage que ce soit le physique soit le seul critère de sélection. Ce qui importe c’est une voix solide et qu’on dégage du charisme en montant sur scène. Je dis même que le poids aide à chanter et que c’est important à l’opéra. C’est la nature. Prendre du poids me conviendrait. Vous savez, la concurrence dans le monde de l’opéra est très grande, parfois pour une place vient auditionner une centaine de sopranos. Et il faudrait se dire que même si on n’était pas choisi ce n’est pas forcement parce qu’on était mauvais, mais parce que juste on ne peut pas être tous retenus ou le metteur en scène cherchait un autre profil. Je suis sûre et certaine que chacun a son chemin et on trouvera chacun sa place. Comme il a dit le maestro Gergiev “Il y a de la musique pour tous”. »

Lidia Azossimova, soprano, Photo Denis Laffont

Lidia Azossimova reprend des compositeurs baroques russes. Photo Denis Laffont

D’aucuns pourraient s’étonner d’entendre chanter Lidia Izossimova dans un répertoire baroque, un répertoire plus de tradition occidentale qu’orientale : « Il existe des compositeurs baroques russes. Ils sont plus tardifs que les Français, les Italiens ou les Allemands. C’est Pierre le Grand qui avait demandé aux musiciens russes de s’intéresser à cette musique. Certaines ont l’air des copies des compositeurs européens, seulement plus tard ils ont commencé d’ajouter des thèmes de la musique populaire russe. mais c’est très intéressant. Je vous cite : Pachkevitch, Bortniansky, Davydov, Sokolovksy (qui a écrit le premièr opéra russe). Je ne crois pas qu’écouter ou interpréter telle ou telle musique soit culturel, c’est une question d’oreille et de sensibilité. J’ai un programme avec cette musique. Ça plait au public qui vient découvrir, car c’est exotique. »

Etre russe et expatriée signifie-t-il avoir une âme slave et comment la définit-elle ? « Je chante de la musique russe et j’ai des pensées envers la Petite patrie qui me rappelle mon enfance. Je ne sais pas quoi dire sur l’âme slave. Je pense que chacun a sa propre culture. Elle est intéressante  et importante. Je n’ai pas de nostalgie vis à vis de mon pays, mais de l’amour.»

 

Bruno ALBERRO

Photo RégisG
La vidéo de Lidia Izossimova  vidéo 2 ; vidéo 3

Où entendre Lidia Izossimova ?

  • Le vendredi 13 septembre à 20 heures à Strasbourg, en récital “La voix des sentiments”.

Renseignement à Lidia Izossimova