Le 26 octobre, les vitraux de l’église de la ville haute de Vaison-la-Romaine seront inaugurés. Ces œuvres abstraites sont signées du père Kim et financés par Leonard Gianadda, de la fondation éponyme de Martigny en Suisse. Il a remis en deux fois 330 000 euros à l’association des Amis de la cité médiévale, initiatrice de la restauration de l’édifice religieux du XIIe siècle, ancien fief des anciens évêques de Toulouse. Pour ce moment particulier où moderne et tradition sont réunis, l’association a invité l’ensemble Resonance où chante le contre-ténor Samuel Cattiau, pour une création autour de textes de musiques anciennes.

Samuel Cattiau fait partie de la génération des contre-ténors, une tessiture qui a retrouvé ses ors depuis quelques décennies. Dans le monde de la musique où chacun cherche sa voie, lui l’a trouvée tardivement alors qu’il étudiait l’histoire de l’art, quand il s’est dirigé vers le chant lyrique. Aujourd’hui, il unit ses qualités vocales et son attrait pour le patrimoine, avec un intérêt particulier pour la musique ancienne.

Samuel Cattiau mêle souvent ses deux pôles d’attirance entre la production musicale et les lieux qui l’accueillent pour les concerts : « Alors qu’il y a une désaffection des fidèles, on peut se poser la question sur le devenir des édifices religieux, ce qui fait partie de notre patrimoine. On se rend compte qu’il est d’une grande richesse. Les travaux de restauration du XIXe siècle en ont souvent modifié la sonorité. Des vases acoustiques installés dans les voûtes avaient pour fonction d’équilibrer le son de l’édifice. Ils ont souvent été obturés par méconnaissance. Il y avait tout un savoir-faire des bâtisseurs qui a disparu. J’ai l ‘occasion de me rendre sur des sites en restauration pour tester « l’architecture sonore » et retrouver ces fonctions. Des musiciens appréciant la sonorité de certains lieux ne souhaitent pas forcément que des enduits soient restaurés ! Certaines imperfections des murs participent à l’équilibre et à la propagation des sons. Parfois des lieux ont une réverbération qui dure jusqu’à huit secondes. C’est intéressant pour certains répertoires vocaux mais lorsqu’on  se produit dans ces endroits très différents, il faut un temps d’adaptation, et même adapter notre répertoire au lieu. Dans certains cas, nous utilisons une amplification numérique légère pour repréciser le son des instruments. »

Avec son ensemble, le contre-ténor a enregistré “Illuminations” dans l’abbaye du XIIe siècle à Noirlac, dans le Cher. Dans les bacs depuis le 19 juillet dernier, cette gravure fait suite à « Resonance », sorti en 2016, avec une tournée de 150 dates qui a suivi. Il s’est enrichi de plusieurs musiciens d’origine extérieure à la musique ancienne, comme l’explique Samuel Cattiau : « Au départ, nous étions avec Quentin Dujardin à la guitare. Puis Matthieu Saglio au violoncelle a apporté un autre son. Pour ce second projet, il nous a semblé intéressant d’inviter Léo Ullmann, un violoniste classique, mais aussi Doron David Sherwin qui joue du Cornet à bouquin. Bijan Chemirani joue des percussions. D’origine iranienne, il apporte ce son particulier. »
Au travers de ces disques, Samuel Cattiau dit s’être investi dans la musique classique non écrite : « Elle était transmise dans la tradition orale. Au fil des siècles, la musique a été écrite. Je me suis intéressé à savoir ce qui se faisait dans d’autres pays à ces mêmes périodes, que ce soit dans la tradition chrétienne, indienne ou chez les Soufis par exemple.»
Samuel Cattiau explique que s’il y a un attrait nouveau des jeunes musiciens pour la musique avant le baroque, donc Bach, c’est que tout ou presque est à encore découvrir : « Les interprétations laissent beaucoup de libertés et permettent des improvisations. Sur des textes anciens où il y a très peu d’indications musicales, avec Quentin Dujardin, nous avons fait ce choix pour ce projet « Resonance »de composer une musique du XXIe siècle qui réunit plusieurs influences. Longtemps délaissée, il se créé des classes pour cette musique ancienne dans les Conservatoires. Je crois aussi que la période baroque est loin d’être explorée. On en est au début. Il suffit de fouiller dans les bibliothèques et de constater tous ces auteurs inconnus. »

Bruno ALBERRO

 

Photo Jean Mahaux

La vidéo de Illuminations 

Où entendre Samuel Cattiau ?

  • Les  26 (sur invitation) et 27 octobre à 17 heures à Vaison-la-Romaine (F) à la Cathédrale de la cité médiévale pour le Concert d’inauguration des vitraux du père Kim, avec la Fondation Pierre Gianadda, avec Samuel Cattiau (vocal), Quentin Dujardin (guitar), Matthieu Saglio (cello) Léo Ullmann (violon), Bijan Chemirani (percussions).
  • Le 1er décembre à Chaligny (F) dans l’église, “Les petites fugues de Chaligny” par Samuel Cattiau (vocal), Quentin Dujardin (guitar)
  • Le 26 janvier à 11 h à Hasselt (B) dans l’Ancien hôtel de ville.

Renseignements à Samuel Cattiau