Les vies multiples de Jean-François Lapointe ne suffisent à résumer les activités du baryton québécois. Il multiplie les productions opératiques jusqu’à sept par an, annonce-t-il. Sans compter les prises de rôles qu’il aborde le plus souvent au festival lyrique de son pays. Cette saison, il sera deux fois à Marseille : dans “Les Puritains” de Bellini les 3 et 5 novembre et dans “Carmen” de Bizet au mois de mai.

Le baryton québécois Jean-François Lapointe est un habitué des affiches des maisons d’opéras françaises ; pour preuve, on pourra l’entendre à Marseille deux fois cette saison, et une fois au Capitole de Toulouse. Il va “s’expatrier” à Zürich, aussi. Avant de rentrer dans la Belle Province cet été afin de se préparer à s’asseoir dans le fauteuil de directeur artistique de l’Opéra du Québec.

A sa carrière de chanteur, de professeur à l’université, il ajoute un troisième volet avec cette direction, sans vouloir arrêter ses activités : « Je vais être obligé de prendre moins de productions. Je voudrais en garder trois par an. Pas au début ou en fin de saison où il y aura beaucoup de travail. Quand je vois Maurice Xiberras depuis qu’il est directeur à Marseille, il ne chante plus. Les tâches de direction accaparent beaucoup.»

Le baryton Jean-François Lapointe prendra la direction de l'opéra du Québec en septembre 2020

Le baryton Jean-François Lapointe prendra la direction de l’opéra du Québec en septembre 2020

Jean-François Lapointe ne révèlera pas sa ligne directrice ou ce qu’il veut mettre en place. Trop tôt, pas encore en poste, attendre la conférence de presse. Attendons alors pour connaître les détails. Ce qui est sûr c’est que ces trente-cinq ans de carrière lui ont fourni un épais carnet de contacts. Il ouvre des pistes de réflexion et on comprend que sa vision pour assurer la pérennité de l’opéra est de tout revoir, que ce soit envers les publics, les co-productions, nouer des partenariats avec d’autres maisons d’opéra, ou convaincre les entreprises de l’intérêt à participer à la diffusion de l’opéra et de la Culture en général.

Mais Jean-François Lapointe ne masque pas les enjeux et les défis, conséquences de la situation économique : « Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est qu’on ne peut envisager un programme artistique sans financement. Comme le pourcentage des subventions publiques est inférieur aux recettes propres du budget, il faut trouver de l’argent autrement. »

La facette pragmatique du Nord-Américain ? « Nous avons cette culture due à la proximité avec les USA,  mais on se considère aussi comme les latins de l’Amérique du nord. »

Innover fait partie de son vocabulaire courant : « Ce n’est pas parce qu’il y a quatre siècles de tradition qu’on ne peut faire évoluer les choses. C’est sûr que je ne produirais pas uniquement les dix grands opéras connus, d’un autre côté je ne vois pas comme je ne pourrais pas en proposer quelques uns. »

C’est la forme et le fonds qu’il envisage de changer. Il rappelle qu’au début de sa carrière, il avait proposé à des amis chanteurs de devenir producteur : « J’avais imaginé qu’on pouvait aller dans des salles des petites villes et qu’on soit payé au pourcentage. Mais ce n’était pas dans la mentalité des chanteurs qui étaient dans le schéma : je chante j’ai un cachet. Il va falloir qu’on se réinvente et je suis convaincu que les chanteurs doivent être aussi ambassadeurs de leur art. Je pense qu’on doit aller vers les gens et qu’aujourd’hui les publics à l’opéra sont plus variés qu’il y a trente ans, ils peuvent écouter Carmen et ensuite aller à un concert de rock. Quand j’ai commencé il y avait un public d’opéras et un autre d’opérettes. C’était différent. Je me souviens qu’on pouvait passer une heure et demie après le concert à signer des autographes. Quand on venait d’avoir un enfant des gens sont offraient des linges. C’était une époque incroyable.»

L’évolution de l’opéra par une prise de conscience collective 

Le baryton Jean-François Lapointe prendra la direction de l'opéra du Québec en septembre 2020

La famille de Jean-François Lapointe a son berceau dans le Poitou, avant d’émigrer vers la Belle Province au XVIIe siècle.

Il estime que c’est le moment d’avoir cette conscience collective : « Tous les ingrédients sont là pour expliquer que l’opéra est accessible. Les chanteurs ont maintenant le physique de leur rôle. Ce que je trouve dommage, c’est la musique des comédies musicales ne soit pas “classique”, elle est plus populaire qu’à ses débuts. Ce public-là pourrait être incité à venir à l’opéra. Je me souviens da la comédie musicale “Titanic”, qui avait été mis en scène par Jean-Louis Grinda, c’était très intéressant musicalement. Je chantais le rôle de l’architecte. »

Jean-François Lapointe juge aussi que les co-productions sont indispensables pour réduire les coûts : « Il faut les repenser et avoir à l’esprit les financements. Par exemple garder les mêmes distributions. Mais qu’au lieu de déplacer les décors en bateau ou en avion de Marseille au Québec, les reconstruire sur place. Nouer des partenariats (comme des jumelages) peut faire partie des évolutions. »

Si Jean-François Lapointe se sent plus attiré par la France, c’est que ses premiers pas sur scène il avait voulu les faire ici : « Au Canada, on est plus enclin à faire carrière aux Etats-Unis, mais moi je voulais venir travailler en France. Après j’ai chanté dans l’Europe de l’Ouest. J’ai eu la chance de chanter en Allemagne de l’Est tout de suite après la chute du mur de Berlin. »

Il glisse qu’il a un attachement pour la France et comme beaucoup de Québécois, il connaît ses terres originelles : « Ma famille est originaire du Poitou, je ne sais pas de quel village exactement. Ça remonte au XVIIe siècle. Nous avons de la chance au Canada, sauf à cause d’incendie, sinon on a gardé nos archives dans les presbytères avec les actes de naissance et de mariage. Ce sera moins vrai dans quelques années avec la mixité que nous vivons. »

Bruno ALBERRO

 

La vidéo de Jean-François Lapointe

Où entendre Jean-François Lapointe ?

  • Les 3 et 5 novembre dans “Les Puritains”de Bellini à l’Opéra de Marseille ;
  • Du 22 au 29 novembre dans “Le Dialogue des carmélites” de Poulenc au Capitole de Toulouse ;
  • Du 2 au 28 février dans “Iphigénie en Tauride” de Glück à l’Opéra de Zürich ;
  • Les 28 et 30 avril, 3, 6 et 8 mai 2020 dans “Carmen” de Bizet à l’Opéra de Marseille.

Renseignement à Jean-François Lapointe