Certes, ce sont des morceaux choisis parmi la somme immense de l’écrivain, dont des textes déclamés au Parlement ou rédigés en exil. Certes, les réalisateurs ont mis de côté le Victor Hugo royaliste de sa première vie. Néanmoins au sortir de “Victor Hugo, le visionnaire”, donné au théâtre Benoît XII à Avignon, hier soir, le public sort conquis par la présentation du metteur en scène et acteur Serge Barbuscia. Le maître du théâtre du Balcon reprend là ce spectacle créé en 1996 et dont l’ultime dernière représentation est affichée ce dimanche après-midi à 16 heures.

Serge Barbuscia ouvre l’éventail des motifs de révolte du tribun. De son élection comme parlementaire en 1848 quand il lève le ton à l’Assemblée nationale pour combattre la peine de mort, ou dénoncer les massacres éthiques en Serbie ou les conditions de l’esclavage en Amérique dans la foulée de Victor Schœlcher, ou encore pour pointer les conditions des Hommes de la mer ou en appeler aux Etats-Unis d’Europe pour garantir la paix. Plus encore et plus actuel, Victor Hugo montre du doigt le ministre de l’instruction publique pour lui demander de consacrer plus de moyens à l’éducation et à la culture en s’appuyant sur la tirade d’Abraham Lincoln : “Si la Culture est trop chère, essayez l’ignorance”. Une phrase toujours mâchonnée dans la bouche des élus dès qu’il faut réduire les budgets des administrations et des collectivités.

Pour lui répondre, en digne représentant du peuple ou du pouvoir, Serge Barbuscia a fait appel à la mezzo-soprano Magali Paliès, à semi-cachée par un voile, telles les voix qui sortent de l’ombre des discussions où transpirent les contestations et les désapprobations. La cantatrice place son âme dans cette voix chorale des peuples ou des élus.

Le texte de Hugo pourrait se suffire pour exprimer la force des convictions. Lui-même défendait que sa littérature soit adaptée à la scène opératique. Aurait-il pour autant réprouvé l’intrusion de la  composition musicale de Dominique Lièvre devenue mouvement de foule ou solidaire du tribun ? Elle est interprétée par l’Orchestre régional Avignon Provence souvent à l’aise dans les créations. Elle est placée sous la direction avisée de Frédéric Rouillon. La phalange devenant l’hémicycle où le déroule le combat du droit contre la loi. La bonne idée aussi de Dominique Lièvre de valoriser le violoncelle du premier violon Nicolas Paul dans un solo, accompagnant une longue plainte de l’orateur du soir, dans  son écriture de son texte sur les Travailleurs de la mer.

Bruno ALBERRO

 

Victor Hugo, le visionnaire en bref

  • Ce dimanche 8 décembre à 16 heures au théâtre Benoît XII, rue des Teinturiers à Avignon.

Renseignement à l’Orchestre régional Avignon-Provence