Exit la version longue de La Flûte enchantée de Mozart quand Sarastro pardonne à la Reine de la nuit pour que Pamina et Tamino entre dans une famille unie. Mais on pardonne à Cécile Roussat et Julien Lubek qui signe cette vision de l’ultime opéra de Mozart à l’Opéra Confluence du Grand-Avignon pour cette fin d’année avant que cette même production se rende à l’opéra royal de Versailles du 10 au 14 janvier.

Dans cette mise en scène où le champagne de l’inventivité coule à flot en servant l’ouvrage sans le dénaturer. Quand d’aucuns jouent à l’abus du symbolisme franc-maçonnique dans La Flûte, les deux compères jouent la poésie et l’onirisme. Jamais pathos, jamais hasardeux, jamais d’à-peu-près comme le nécessite l’art circassien quand les saltimbanques impriment le rythme de cette production et  accompagnent les protagonistes. Les idées foisonnent et fusionnent, éloignent les simples effets tape-à-l’œil, elles s’imbriquent pour donner corps à la fantaisie et au discours.

Le tableau de la vraie fausse pendaison en est un exemple, la Reine de la nuit ficelée dans sa toile d’araignée en est une autre. Ces idées là s’enchaînent comme les vers d’un Baudelaire ou d’un Victor Hugo où la musicalité des mots en fait oublier la rime.

La soprano canadienne Florie Valiquette chante Pamina dans la Flûte enchantée à Avignon.

La soprano canadienne Florie Valiquette chante Pamina dans la Flûte enchantée à Avignon.

Certes une mise en scène fonctionne à l’opéra si les chanteurs sont en osmose, surtout dans une production où tous les airs sont connus. Tous se doivent d’être à la hauteur du parti-pris et des sentiments délivrés. C’était le cas dimanche pour la seconde ; bien que Chantal Santon-Jeffery, souffrant du dos, ait dû laisser la robe sombre de la Reine de la nuit à jeune soprano belge Lisa Mostin, prévenue la veille pour le lendemain. Elle a mesuré le risque et relevé le défi de peu dormir, d’avoir quelques heures pour régler la mise en scène et de discuter avec le maestro pour son interprétation. Ce qui explique qu’elle ait chanté ses arias en langue de Goethe, n’ayant pas eu le temps de les apprendre en français comme le voulait cette version.

Néanmoins, elle a fait l’effort de déclamer son récitatif dans la langue de Molière.  Un coup d’essai pour un coup de maître puisque dès sa première intervention, Lisa Mostin séduit l’Opéra-Confluence dans “Ah, ne tremble pas, fils bien-aimé !” Elle convainc dans l’aria vertigineuse, si attendue : “La vengeance de l’Enfer bouillonne dans mon cœur”.

Habillée en poupée, Florie Valiquette dépasse le côté ingénu et souvent dévolu à Pamina. Elle transfigure cette poupée en offrant une force de caractère à cette jeune femme amoureuse.
Pauline Ferraci joue et chante une Papagena espiègle et naturelle. Suzanne Jerosme, Marie Gautrot et Mélodie Ruvio campent les trois dames, faisant montre de cohérence et de solidarité dans le choral du début du Ier acte : “À l’aide ! À l’aide ! Sinon je suis perdu !”

Le ténor Mathias Vidal endossait avec succès et sobriété le costume de Tamino avec comme alter ego le Papageno du baryton Marc Scoffoni, à l’aise dans ce rôle fantaisiste où la faconde doit être contrôlée pour ne pas glisser vers la suffisance. La basse Tomislav Lavoie impressionne, lui, dans la stature de Sarastro alors que le vilain, comme personnage, Monostatos repris par Olivier Trommenschlager laisse filtrer ses sentiments dans “Chaque créature ressent les joies de l’amour”.

Les dits-petits rôles de cet ouvrage se mettent aussi à leur avantage dans cette distribution. Elle permet à Matthieu Lecroart de crédibiliser l’Orateur et aux jeunes artistes lyriques comme François Pardailhé ou Jean-Christophe Lanièce de faire leurs armes dans une production qui a su dépoussiérer cet opéra souvent engoncé dans le symbolisme.

Ce champagne opératique à Avignon pour cette fin d’année fait du bien aux yeux et aux oreilles, surtout quand il est servi par le chef Hervé Niquet face à l’Orchestre régional Avignon Provence retrouvant une sonorité mozartiennne par sa configuration. Il insuffle un air de fête et un pétillant rendu à ce chef d’oeuvre du génie de Salzbourg.

Bruno ALBERRO

Où entendre cette Flûte enchantée de Mozart ?

  • Le 31 décembre à 20h30 à l’Opéra Confluence du Grand-Avignon ;
  • Du 10 Janvier au 14 janvier à l’Opéra royal de Versailles.
     

Prochain spectacle à Avignon

  • Les samedi 4 janvier à 20h30 et dimanche 5 janvier à 16 heures à Vedène Ballet du Nouvel an ;
  • Le samedi 11 janvier à 17h30 au Conservatoire d’Avignon, récital d’Anaïs Constans ;
  • Les vendredi 17 et dimanche 19 janvier à l’Opéra Confluence Le fille du régiment de Donizetti ;
  • Le mardi 21 janvier à 20h30, récital Adam Laloum.

Renseignement à l’Opéra du Grand-Avignon