La soprano bordelaise Marie-Adeline Henry tiendra le rôle-titre de Tatiana dans Eugène Oneguine de Tchaïkovski à l’Opéra de Marseille, à l’affiche du 11 au 18 février. Elle s’est faite une règle en avançant dans la carrière : ne rien faire contre nature.

« Quand on a envie de chanter, c’est qu’on a des choses à raconter », résume la pensée de la soprano Marie- Adeline Henry. La cantatrice, née dans le bordelais, à Saint-Emilion, mais pas dans une famille de vigneron précise-t-elle, montera sur la scène de l’Opéra de Marseille pour y chanter Tatiana, le rôle clef d’Eugene Oneguine, ouvrage de Tchaïkovski, d’après un roman de Pouchkine.

La soprano Marie-Adeline Henry chantera le rôle de Tatiana d’Eugene Oneguine à Marseille et Jenůfa à Toulouse. Photo crédit Laurent Guizard.

Ce sentiment de transmission et d’interprétation a grandi au fil des ans avec le métier. Le temps et l’expérience ont ajusté ses carapaces de protection pour vaincre une timidité avouée. Ces  protections qui permettent de prendre la distance nécessaire entre sa personnalité et le personnage qui doit l’habiter pour être au plus près du vrai. Comme un livre qui vous accapare et vous invite à la réflexion, elle glisse qu’interpréter un rôle aide à comprendre des situations : «  Etre sur scène me constitue, c’est quand même un enseignement. Je vais jouer Jenůfa, où on parle d’infanticide. Je peux avoir des éléments de compréhension sur cet acte, quelle peut être l’idée d’un désespoir qui amène à tuer son enfant. Mais, chanteur est différent de l’acteur studio qui doit aller à l’intérieur de son corps. Mais le chanteur comme l’acteur ne peut mentir sur scène. Je ne sais pas mentir dans la vie et je ne fais rien contre nature. Dans la vie, on ne peut pas faire n’importe quoi, le plus souvent on se contrôle. C’est différent d’une situation sur un plateau ou de ce que  pourrait demander un metteur en scène. Sur scène, les émotions sont exagérées. »

Jusqu’aux frontières du raisonnable qui pose questions, comme Marie-Adeline Henry le soulève : «  Cela dépend beaucoup du metteur en scène qu’il y a en face. S’il est possible, ou pas, de parler avec lui. Certains n’hésitent pas à remplacer un chanteur qu’ils savent ne pas correspondre à leur univers. Mais n’est-ce pas préférable pour tout le monde? Je n’ai, pour ma part, jamais eu aucun problème de ce type. Ce que je n’ai pas voulu faire, je ne l’ai pas fait. C’est nous qui chantons, c’est à nous que revient la tâche d’assumer ce que nous faisons sur un plateau. Personne ne voudrait monter en scène et avoir honte ou être inconfortable. C’est plus question de ménager les personnes. On m’avait demandé une fois un rôle en petite tenue, ça m’a posé problème. J’ai réfléchi et je me suis dit ce n’est pas moi, c’est mon personnage, que ça servait l’ouvrage, je l’ai fait. Il faut connaître la limite entre la réalité et la fiction. Si on me demande des choses qui ne me plaisent pas, je me dis : fais-le c’est un rôle, ce n’est pas toi. »

Il y a toujours en chacun de nous une exception, Marie-Adeline Henry n’échappe pas à la règle et ne s’en cache pas. La soprano assure que maintenant elle ne se laisse plus embrasser, suite à une production où son partenaire d’un soir avait été malade toute la nuit. L’excuse du moment est devenu une règle : « Les scènes d’amour ont changé. Il y a quelques années, les amoureux se déclaraient à distance. Maintenant, on doit se trouver au plus près du quotidien du public. » La cantatrice note cette évolution de la mise en scène par la venue de réalisateurs initiés au cinéma et au théâtre : « Tout est question d’équilibre et de dosage. Ils cherchent à être au plus près de la réalité. Ils oublient parfois les contraintes physiques qui ne sont pas anodines quand on veut nous faire chanter la tête en bas ou dans des positions étranges. »

De là à avoir des exigences, c’est un pas que Marie-Adeline Henry ne franchit pas : « C’est là aussi une question complexe, je trouve. Bien sûr que l’on peut refuser un rôle par exemple, et il vaut mieux, si l’on sait qu’il n’est pas pour nous, ou qu’il arrive trop tôt par exemple. Il est trop délicat de ne pas se montrer sous son meilleur jour quand la concurrence est si forte. Annuler un contrat c’est autre chose, et il est possible en cas de force majeur de le faire aussi. Les directeurs sont souvent compréhensifs et préfèrent de loin une bonne performance, que de mettre quelqu’un en difficulté. Il en va aussi de leur réputation. Tout est lié. L’opéra est un navire, en principe, tout le monde y gagne à travailler dans la même direction, si on réfléchit bien. »

Dans la vie, Marie Adeline Henry se sent autre que sur une scène avec pour premier effet de vivre avec sa timidité qu’elle vainc sur le plateau. Elle est consciente que les réseaux sociaux et les nouveaux modes de communication allonge le temps des représentations : « Je préfère rencontrer les personnes. Avec les réseaux sociaux je suis mal à l’aise, ça m’angoisse. Ça étale le temps de fiction. Je pense aussi que ça lisse les gens pour donner une bonne image de soi. La réalité de ce métier est assez dure, surtout pour une femme. On a toujours peur que ça s’arrête à tout moment. Et on vous le dit assez rudement, surtout quand on arrive à un âge pivot comme moi.» 

Est-ce la crainte du jeunisme ambiant ? « Il faut être jeune, belle et avoir une belle voix. On ne peut pas ne pas y penser et ça nous rattrape de façon fulgurante.»

 

 

Photo crédit Jeremy B. Williams

Le coin CD et DVD :

“Armide” de Lully avec Christophe Rousset et les Talents Lyriques (rôle titre) ; Oratorio de Niels Gade – Comala sous la direction de Laurence Equilbey ; Proserpine de Saint-Saëns (rôle de Angiola) ;
“La finta giardiniera” de Mozart enregistré à l’Opéra de Lille, sous la direction de Emanuelle Haim (rôle de Arminda) ; 

Où entendre Marie Adeline Henry ?

  • Les 11, 13, 16 et 18 février dans le rôle Tatiana de l’Opéra Eugène Oneguine de Tchaikovski à l’Opéra de Marseille ;
  • Du 7 au 16 mai dans Jenůfa au théâtre du Capitole de Toulouse.

Renseignement à l’Opéra de Marseille