Le Liceu de Barcelone, le Metropolitan de New York, Tokyo ont ouvert les bras à la mezzo américaine Tamara Gura. En France, elle est attendue à Toulon, il faudra patienter jusqu’en décembre 2021 pour la voir chanter. La jeune artiste observe le monde qui l’entoure et imagine une suite à la situation sanitaire qui couvre le monde.

Les bonnes fées se sont penchées sur son berceau, c’est sûr ! Le talent brut ne suffit pas, le travail fera le reste pour que scintillent les feux. Tamara Gura fait partie de la nouvelle génération d’artistes lyriques qui a tout pour elle, ou du moins beaucoup. L’Américaine se présente comme une salade mixte avec des arrière-grands-parents polonais d’un côté, italiens de l’autre, une vie en troupe en Allemagne, vivant en Angleterre et parlant couramment français, non sans un délicieux accent et ses multiples parfums.

Pour son début de carrière, le Liceu de Barcelone,  l’Opéra de Tokyo, Salzbourg, Séoul, Munich lui ont ouvert les bras. Elle a aussi goûté aux saveurs du Metropolitan comme remplaçante en attendant mieux. En France, ce sera Toulon qui l’accueillera. Tout mérite patience. Pour cela, il faudra attendre décembre 2021. Dans une production qui ne sera pas un opéra baroque, une période lyrique qui a déjà affirmé Tamara Gura sur les scènes internationales.

La mezzo américaine Tamara Gura Photo Wilson Santinelli

La mezzo américaine Tamara Gura a été appelée comme doublure pour interpréter Néron de l’opéra Agrippa de Handel au Metrolitan de New You en février dernier. Photo Wilson Santinelli.

Mais chez elle, selon la culture américaine, le talent n’est rien sans travail, outre le chant, elle a travaillé le théâtre, la danse et le piano. D’ailleurs dans la conversation, la mezzo américaine le dira souvent : présenter quelque chose jolie, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant, il faut chercher la beauté exquise : « C’est mieux que jolie.  Je continue de travailler avec ma professeur de chant. Pour l’instant c’est en visioconférence. Ce n’est pas l’idéal bien  sûr. Ce que je juge important, c’est de trouver le bon souffle. Je vous prends le tennis comme image et que je compare Federer et Nadal. Le premier est tout en souplesse, le second est plus en force. Tous les deux sont de beaux artistes mais je préfère Fédérer où tout est dans la respiration. C’est ça que je cherche à travailler tout le temps. Trouver le souffle pour libérer le chant et laisser exprimer les émotions. La voix humaine peut traduire ce que le corps ressent et réveiller nos cinq sens. Ce qui fait qu’on est soi-même et qu’on est unique, chargé d’émotions et d’intensité. Les bons metteurs en scène qui viennent du théâtre nous demande d’aller dans notre intime pour mettre en lumière et montrer des couleurs différentes. » On sent qu’elle préfère la justesse au clinquant, citant cette mise en scène épuré où le contre-ténor a chanté l’aria avec derrière lui un rideau baissé : «Dans cette salle du Metropolitan avec 4000 personnes, c’était incroyable. il n’y avait rien et j’ai vu les yeux fermés comme tout le public qui a écouté ce moment magique. J’étais transcendée, transportée. »

Tamara Gura s’est fait connaître par les opéras baroque où Haendel a sa préférence, plus que Mozart : « Quand j’écoute Haendel je vois un paysage, des arbres dans la forêt après la pluie. La mezzo en aime chez Agrippa son personnage travesti de Néron qu’elle était prête à  interpréter à New York : « J’avais été appelée comme remplaçante. Et à quinze jours de la première, on m’a prévenue que je pouvais chanter. Ça a été un beau challenge. »

La mezzo américaine Tamara Gura Photo Wilson Santinelli

La mezzo américaine Tamara Gura Photo Wilson Santinelli

“On écoute avec les yeux “

Le temps de repli qu’oblige cette pandémie permet à la jeune femme de réfléchir à son art et aussi à l’avenir de l’art en général : « Je vais proposer à un ami peintre si on ne peut pas concevoir quelque chose ensemble, peut-être une vidéo. Ce sera l’avenir de mélanger les formes artistiques. Quand j’étais au lycée, j’étais dans un établissement pour les artistes : musiciens, plasticiens, chanteurs. Et ça fonctionnait bien. J’étais en pension dans un monde inventif et parfait. Ça nous a montré toutes les possibilités de créer avec les autres et d’être pluridisciplinaire. Ce que nous vivons m’a ramenée à cette époque et on se doit d’être expert. Les artistes doivent se montrer aussi créatifs et collaborer avec d’autres artistes visuels. Aujourd’hui, nous sommes dans le monde de l’image : on écoute avec les yeux. Et sur les scènes lyriques, comme au cinéma, le public attend de voir des personnages conformes à leur rôle. Mais il ne faut oublier que l’opéra, c’est d’abord la voix et la voix, c’est le souffle. Comme Pavarotti. Quand je l’écoute je ressens des frissons sur la peau. C’est comme s’il ouvrait sa poitrine et que j’entrais dans son cœur. En chantant, il nous offre son cœur. »

Dans sa réflexion, cela signifie qu’il faut chercher une forme de perfection et aller à une quête profonde de l’émotion : « Je vois ce qui se passe actuellement sur les réseaux sociaux, les artistes se mettent en ligne sur Internet. C’est très intéressant. On voit que le multimédia fait partie de notre vie. Ce serait difficile de faire autrement, ça peut être attirer un autre public.  Mais à la maison, on n’a rarement des outils de professionnels. Je préfère présenter de la qualité, mais pour ça il faut beaucoup de moyens, comme pour le concert virtuel du Metropolitan (NDLR : du samedi 25 avril.) »

Bruno ALBERRO

 

Photos crédit Wilson Santinelli.

La vidéo de Tamara Gura

Où entendre Tamara Gura ?