Le label Calliope Records sort l’album Visions poétiques de l’ensemble Reflets, alors que le monde ose glisser le nez dehors après deux mois d’arrêt. La formation de musique de chambre, réuni autour de la pianiste Marie-Laure Boulanger, met en miroir des littératures de Franz Liszt et de Lili Boulanger. La pianiste poursuit sa vie musicale, inscrite dans la transmission.

D’aucuns rêvent de gloire, celle de courir vers les salles de concerts les plus prestigieuses, d’autres font leur bonhomme de chemin une fois leur voie trouvée. Enseigner et transmettre ces deux verbes prennent toutes leurs significations dans la bouche de la pianiste Marie-Laure Boulanger, bien que son nom ait marqué des scènes françaises ou étrangères, qu’elle se produise toujours en concert et plus volontiers en musique de chambre, qu’elle ait gravé un premier disque solo en 1997, consacré à Liszt, à Rachmaninov, Debussy ou Fauré. Elle dit rarement l’écouter en soulignant qu’elle jouerait différemment aujourd’hui, tout en rappelant si nécessaire, sous forme d’adage :« Un disque est un instantané et il correspond à un moment. Ça n’empêche pas d’être très critique à mon égard. Il existe plusieurs périodes dans la vie d’un pianiste. »

La pianiste Marie-Laure Boulanger un des membres du trio Reflets qui vient de sortir un CD consacré à Liszt et Lili Boulanger.

La pianiste Marie-Laure Boulanger un des membres du trio Reflets qui vient de sortir un CD consacré à Liszt et Lili Boulanger. Photo Eric Deniset.

Depuis, Marie-Laure Boulanger a trouvé d’autres sources pour épancher sa soif musicale, elle assure que ses élèves prennent une part importante de sa vie professionnelle. Que chaque élève la nourrit. C’est le ressenti de Marie-Laure Boulanger qui enseigne au conservatoire de Paris IXe. Tiens, tiens ! il porte le nom des deux sœurs Nadia et Lili Boulanger. Si le hasard n’existe pas, les coïncidences font bien les choses. Professeur ne signifie pas que ces heures au clavier, ou à conseiller, consistent à préparer ses élèves aux concours à venir ou simplement aux auditions de fin de trimestre. Elle garde des images émues de ses professeurs dont elle parle avec faconde et reconnaissance qui ont jalonné son parcours. Un parcours marqué depuis ce vendredi 8 mai par la sortie du deuxième opus de l’ensemble Reflets. Un CD où, comme en 2013 pour restituer l’univers de Debussy et Ibert, la voix de la soprano Magali Léger rejoint les couleurs de la formation de musique de chambre afin de mettre en miroir les littératures de Franz Liszt et de Lili Boulanger. Dire que Marie-Laure Boulanger a une préférence pour cette époque romantique ou post-romantique est un doux euphémisme. Avec des préférences dont Liszt. On s’en doutait. Elle s’explique : « Sa vie est plus inspiratrice que celle de Chopin et il y a en lui le questionnement de l’artiste. »

Reflets prend sa source dans l’association Piano Cantate, que la pianiste a été à l’initiative en 2007, où Marie-Laure Boulanger s’est entourée de compositeurs comme Nicolas Bacri où Alexandre Bénéteau assure la présidence. Dans Piano Cantate, elle fusionne deux passions enfantines, chant et clavier : « Reflets est un ensemble à géométrie variable. Nous avions sorti un premier disque en 2013 et qui avait comme titre Reflets. Depuis notre ensemble  a pris ce nom. Notre but est de proposer de la musique de chambre, en allant vers des répertoires méconnus. En unissant Liszt et Boulanger, nous ressentions une exhalation poétique et une nostalgie profonde. Nous reprenons aussi trois sonnets de Petrarque : 123, 104 et 47. »

La pianiste Marie-Laure Boulanger un des membres du trio Reflets qui vient de sortir un CD consacré à Liszt et Lili Boulanger.

La pianiste Marie-Laure Boulanger a lancé l’association Piano Cantate en 2007. Photo E.D.

Pour le projet de ce second volume trio et voix, Marie-Laure Boulanger signe les arrangements pour soprano, alto, piano et flûte. Ce n’est pas nouveau d’ailleurs qu’elle se mette à sa table de travail et couche des notes sur des partitions, comme d’autres s’éveillent à l’écriture, la peinture ou la sculpture dans l’ombre de leur logis, gardant secrètes leurs inspirations. Elle est de cette étoffe, bien qu’elle ait suivi un cursus d’orchestration avec Michel Merlet, qu’elle n’a pas mis encore à profit, tout comme son diplôme de direction d’orchestre pour l’instant rangé dans un tiroir à mystères : « Composer, c’est se dévoiler et c’est comme diriger. Un de mes professeurs m’avait dit que ce n’était pas un métier pour une femme. Les choses ont changé. Il avait ajouté : il faut entendre ce que disent les musiciens d’orchestre. Il m’a dit aussi qu’il existait deux sortes de chef : celui qui oblige à jouer et celui qui laisse jouer. C’est très formateur, car le retour est immédiat. On est jugé au bout de cinq minutes. On n’est pas instrumentiste, on est musicien. » Si nombre de professionnels disent avoir posé leurs doigts dès la plus tendre enfance sur un instrument, Marie-Laure Boulanger a été patiente, avec la chance, assure-t-elle, de ne pas avoir grandi dans l’esprit de devenir une bête de scène ou de concours : « J’ai profité de mon enfance et de mon adolescence. A trois ans, je voulais être chanteuse d’opéra, on me dit que j’écoutais les vibrations et que je posais l’oreille sur le piano Pour écouter le son. Maman était musicienne, mais elle ne voulait pas m’obliger à pratiquer. Elle voulait que ça vienne de moi. J’ai commencé des cours au conservatoire à huit ans et demi. On m’a dit plus tard que certaines choses s’imprègnent entre quatre et neuf ans, et qu’après on ne l’apprend plus. » Ce hasard, ou l’influence d’une bonne fée, l’amuse.

La pianiste Marie-Laure Boulanger un des membres du trio Reflets qui vient de sortir un CD consacré à Liszt et Lili Boulanger.

La pianiste Marie-Laure Boulanger un des membres du trio Reflets qui vient de sortir un CD consacré à Liszt et Lili Boulanger. Photo E.D.

Autant que les conseils reçus. Remontant le fil de sa formation, Marie-Laure Boulanger se dit marquée par des rencontres d’importance. Elle cite le Hongrois György Sebök ou Pierre Sancan, d’autres bien sûr car tous ont apporté une pierre à son édifice intérieur ou extérieur. Elle ne cache pas que cette période singulière de ce printemps 2020 a développé, en elle, une forme d’introspection : « Ma première rencontre avec la musique a été un conte sur une musique vraie de Schumann, Scènes d’enfants. C’était un coup de foudre musical pour piano seul. Un spectacle que j’ai repris plus tard avec des grands et des petits, des acteurs et des danseurs. La musique n’est pas un langage, c’est un vecteur. La relation entre un élève et un professeur dépend du niveau d’exigence. Un jour, un élève me rétorque : je n’ai pas le même niveau que vous. Je lui ai répondu : eh bien ! Rejoue ton morceau. Comme professeur, je n’attends pas de vénération. » Marie-Laure Boulanger conserve de vagues souvenirs de sa prime enfance au Canada, même si elle se défend d’avoir ce trait commun avec nos cousins, vivant sous la fleur de lys : elle connaît ses origines françaises et se reconnaît dans les traits de caractères inhérents aux Bretons ou aux Béarnais, dont elle est souche. Si elle doit en retenir un seul, elle cite l’opiniâtreté, en retrouvant, l’accent de la Belle Province, voire en l’amplifiant d’un rire solaire : « Ce qui me manque, ce sont les grands espaces. Quand je suis arrivée à l’âge de quatre ans à Paris, nous habitions dans le VIIIe arrondissement, le parc Monceau était notre jardin. J’ai encore des cousins au Canada, plus au Québec, mais à Alberta où j’ai effectué une tournée de concerts. »

Bruno ALBERRO

 

Renseignement à Marie-Laure Boulanger

Le coin CD

Le label Calliope sort Reflets qui reprend des pièces de Franz Liszt et Lili Boulanger.

Le label Calliope sort Reflets qui reprend des pièces de Franz Liszt et Lili Boulanger. Photo Pauline PENICAUD.

L’ensemble Reflets a sorti chez Calliope son deuxième opus : « Visions poétiques ».  Enregistrées en mai 2019, onze plages comparent, à presque cent ans d’écart, les univers de Franz Liszt et de Lili Boulanger, morte à 24 ans, en 1918, quelques jours avant Claude Debussy.

Le CD ouvre avec trois sonnets de Petrarque de Franz Liszt dans un arrangement original de Marie-Laure Boulanger pour piano, alto et flûte ; ils sont suivis de « Romance oubliée », pour piano et alto, et Bénédiction de Dieu dans la solitude, pour piano, extrait de « Harmonies poétiques et religieuses ».

Chez Lili Boulanger, l’ensemble Reflets a emprunté : D’un vieux jardin ; D’un jardin clair ; Pièce en fa # ; Nocturne ; D’un matin de printemps et D’un soir triste.

L’ensemble Reflets est composé de la soprano Magali Léger, de la pianiste Marie-Laure Boulanger, de l’altiste Francoise Douchet et du flûtiste Thierry Durand.

Renseignement au label Calliope