Il le crie à l’envi, Louis Désiré n’est pas un réalisateur de télévision. Pourtant tout porte à le croire puisque la Bohème de Puccini dont il signe la mise en scène pour l’Opéra de Marseille soit diffusée sur la Toile. A défaut de recevoir le public, même si le référé déposé au Conseil d’état par un collectif d’artistes lui donne raison.

Il le dit : jamais dans sa carrière on a demandé à Louis Désiré de présenter une mise en scène dans les trois semaines qui suivent. Pourtant, l’Opéra de Marseille s’est tourné vers lui quand Leo Nucci a décliné la proposition, repoussant l’obligation de ne pas imaginer La Bohème de Puccini, comme lui le voulait. Il est vrai que beaucoup de choses ont changé, ce qui a bouleversé la donne.

Au départ, l’accord portait sur une production envers le public pour ces fêtes de fin d’année, le gouvernement en a décidé autrement, en fermant les salles de spectacles contre toute attente. La plupart espérant que la date du 15 décembre pour de nouveaux levers de rideaux serait entérinée. A moins que le Conseil d’État ne donne raison au collectif qui a saisi la haute juridiction administrative. Mais c’est une autre histoire.

Louis Désiré dit bien qu’il ne travaille pas pour autant dans l’urgence : « C’est vrai que trois semaines, c’est court. Mais je connais bien cet opéra que j’ai monté à Montevideo, et puis j’ai participé à d’autres réalisations. Je ne pars pas dans l’inconnu. J’ai aussi une équipe formidable, des artistes motivés. Et puis, j’avais cette année, six ou sept productions qui ont été annulées. Alors je suis content de remonter sur le plateau et de proposer quelque chose ; de travailler dans l’urgence, ça m’a séduit, car le temps de répétition correspondait à une reprise d’une production de Leo Nucci, ce n’est pas celui normal d’une création. J’ai eu cependant un moment d’hésitation de revenir à Marseille, car j’ai encore deux rendez-vous ici, cette saison, où je mettrai en scène Tosca et Luisa Miller.»

Parmi les consignes imposées à Louis Désiré : le respect des distances. Difficile d’imaginer le duo amoureux Mimi et Rodolfo, chanter avec quatre mètres de séparation : « Les solistes ont accepté, bien sûr, avant de venir en scène ils seront masqués pour respecter les consignes. Le chœur lui sera à  distance. Pour la scène du IIe acte, ça demande de l’imagination. Le plus difficile pour les chanteurs c’est de se produire sans public. Pour certains, c’étaient des prises de rôles. Ils chanteront devant une caméra. Ce n’est pas la même chose.»

On pourrait penser alors que Louis Désiré serait tenté de s’approcher d’une réalisation, telle celle d’un téléfilm, ce n’est pas son intention : « Cette semaine, nous recevons l’équipe de production. On verra ensemble pour les plans larges ou les plans serrés. Mais je ne changerai pas la mise en scène, ni ma façon de travailler pour autant, parce que cette production sera filmée. De toute façon, on me dit souvent que mes mises en scène sont cinématographiques, donc je ne vais pas changer. »

Même si cette situation continue ? « Je ne suis pas réalisateur de télévision. Il faudrait que les théâtres ouvrent à nouveau, comme en Espagne où j’habite. Quand je vois les Espagnols, ils sont plus disciplinés que les Français. Je ne suis pas un homme politique. Mais à ce que je vois, les habitants pourraient prendre plus de précautions et être plus attentifs. Quand j’ai entendu le Premier ministre annoncer que les théâtres allaient rester fermés, j’étais plus furieux que triste. C’est un drame pour les artistes. »

Il dit que cela fait 25 ans, qu’il a franchi la frontière pour s’installer à Barcelone : « C’est pour moi, le pays d’Europe où il y a la meilleure qualité de vie, où règne un bon état d’esprit. Les Espagnols sont des gens positifs, les Français sont râleurs. »

Quant à son retour aux Chorégies d’Orange où il avait mis en scène Carmen en 2015, reprise ensuite à Marseille, il glisse qu’il devait signer Salomé de Richard Strauss, l’an passé. Ce pourrait être en 2023.

Bruno ALBERRO

 

Photo crédit Amalia Pedreiras

Les diffusions de l’Opéra de Marseille

  • La Bohème en bref :

La Bohème de Puccini sera captée le dimanche 20 décembre et sera diffusée le jeudi 31 décembre à 17 heures, elle sera visible jusqu’au dimanche 24 janvier. La direction musicale sera confiée à Paolo Arrivabeni. La mise en scène est de Louis Désiré sous les lumières de Patrick Méeus et les costumes de Diego Méndez Casariego.

Avec Angélique Boudeville et Lucrezia Drei. Les rôles masculins sont confiés à Enea Scala ; Alexandre Duhamel ; Régis Mengus ; Alessandro Spina ; Antoine Garcin et Jean-Luc Épitalon ainsi que l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Marseille.

  • La Chauve-souris de Johann Strauss à l’Odéon

L’Opéra de Marseille diffusera depuis le théâtre de l’Odéon La Chauve-Souris de Johann Strauss le vendredi 25 décembre à 18 heures sur marseille.fr et odeon.marseille.fr

Renseignement à l’Opéra de Marseille