Alors que la France sombrait dans le confinement, ce mois de novembre, Elsa Marquet Lienhart se trouvait en résidence dans le Gers, entre Agen et Auch avec la clarinettiste Claire Voisin pour le projet Frisson d’ombre : « C’était mieux d’être à la campagne qu’en région parisienne où j’habite. J’ai pu faire du sport. A Paris, j’ai moins de temps et il est important de s’entretenir physiquement surtout qu’en période de confinement on a tendance à faire des gâteaux. Aujourd’hui, on doit faire attention à notre image, mais ce n’est pas que ça. Quand on se déplace sur scène ou quand on danse on doit se sentir légère et en forme. »

Elsa Marquet Lienhart photo Jerémie Legendre

Elsa Marquet Lienhart photo Jerémie Legendre

Elsa Marquet Lienhart est donc une flûtiste qui bouge ? « J’ai fait des études de flûte traversière, mais mes parents dirigent un théâtre de mouvement. Enfant, j’ai fait de la danse classique, contemporaine, africaine… J’ai beaucoup appris à voir les stages. »

Au point qu’elle a eu l’envie de jouer et de bouger avec son instrument : « J’ai travaillé toute une technique sur le rapport du corps et de l’instrument que j’ai expérimenté sur scène en associant musique et mouvement. J’enseigne à des élèves mais aussi à des professeurs. Je préfère parler de mouvement et de théâtre que de danse et de chorégraphie.»

On le comprend, Elsa Marquet Lienhart défend l’art dans ses formes interdisciplinaires : « On peut imaginer un spectacle où sont associés théâtre, danse et musique. Même si chaque art se suffit à lui-même. Mais les réunir donne des idées de création et d’expérimentation. C’est une façon pour chercher l’émotion. Le cirque a réussi cette évolution, ce n’est pas simplement du trapèze ou du jonglage, c’est avant tout la recherche de l’émotion. Mais je ne suis pas dans le comique, comme le fait le Quatuor.»

Elsa Marquet Lienhart Photo crédit Jean Gros-Abadie

Elsa Marquet Lienhart Photo crédit Jean Gros-Abadie

Elle rappelle qu’avec ce concept de musique en mouvement, elle a crée à Toulouse, sa version de “Pierrot lunaire” de Schoenberg, en décembre 2019, il y a tout juste un an : « Une spectatrice est venue me voir pour me dire que d’habitude, elle déteste la musique de Schoenberg, mais que là elle avait adoré. »

Elsa Marquet Lienhart est bien consciente que tous les musiciens ne sont pas à même de danser en jouant : « C’est vrai tout le monde ne peut pas faire ce que je fais, mais mon projet est de donner les outils afin de développer leur capacité avec leur instruments par une prise de conscience de leur corps sur scène et ainsi de donner leur concert de façon différente. C’est une mise en mouvement pas forcément une chorégraphie.»

Pour commencer, Elsa Marquet Lienhart pense à l’entrée sur scène des musiciens de l’orchestre pour apporter esthétisme et maintien : « Il y a une demande de la part des musiciens et pour le public un besoin de renouveau de la forme classique. Ça ne veut pas dire qu’il faille dénaturer la musique. Elle est de l’ordre de l’histoire, il ne faut pas la perdre. »

Après Schoenberg, Elsa Marquet Lienhart travaille à un autre spectacle, c’est le sujet de sa résidence, avec une amie clarinettiste, où elle prépare où elle met en musique et en images des pièces de Philippe Hersant.

Comment se dessinent ses choix pour la priorité entre la musique et le corps ? « En général, je pars de la musique, mais c’est intéressant aussi de partir de l’image du corps et de l’émotion du corps. Je me souviens d’un spectacle sur la transmission entre mère et fille où on est parti du sanglot. Du corps, nous sommes allés à la composition. Cette pièce a été appelée “Aeterna”. Nous l’avons crée Claire Heggen et moi même dans le cadre du Théâtre du Mouvement en 2017. »

Bruno ALBERRO

 

La vidéo d’Elsa Marquet Lienhart

Renseignement à Elsa Marquet Lienhart