Le manque d’infrastructures, la difficulté des transports et l’isolement des campagnes en hiver empêche l’accès à une vie culturelle de qualité et réduit la vie sociale, plus particulièrement celles des personnes âgées. Hors Saison Musicale offre une réponse à cette disette. La plaquette de ce festival rural et intergénérationnel annonce la couleur. Partie de Paris, l’association “Pour que l’esprit vive” s’enfonce dans les territoires, se glisse dans les Ephad, dans les maisons de retraite, aille à la rencontre des habitants.

 

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Agnes Desjobert  assure la direction du festival depuis 2012.

Si tu ne peux aller à la musique, la musique viendra à toi. Paul Féval, dans son roman Le Bossu, pardonnera d’emprunter à son héros Lagardère cette tirade. Mais c’est bien l’idée que défend l’association “Pour que l’esprit vive” avec le parrain de cette édition, Philippe Hersant. La structure née en 1932, dont les bureaux sont à Paris, a lancé le festival Hors saison musicale, dont Agnès Desjobert assure la programmation, depuis 2012. Certes cette année calendaire a été quelque peu chaotique, faute à la pandémie, mais la ligne directrice ou la philosophie du projet reste invariable.

Si son bureau est à Paris et qu’elle s’y rend par la force des choses, Agnès Desjobert vit à Flavigny, un village de Bourgogne, elle sait ce que représente la désertification culturelle l’hiver : « Notre souhait est d’amener une offre musicale de qualité en faisant écouter des artistes internationaux. » C’est actuellement quarante concerts dans quinze départements. Avec un souhait de descendre en Provence. Il va s’en dire que ces artistes sollicités sont dans l’esprit d’aller jouer pour des cachets solidaires devant un public réduit à quelques résidents d’un Ephad ou d’une maison de retraite, près aussi ils sont prêts à passer deux jours chez l’habitant où ils seront logés. Agnès Desjobert cite quelques noms comme le quatuor Girard, le quatuor Hanson  ou Amanda Favier et Elodie Soulard : « Le choix des artistes correspond à notre éthique. Ils ont choisi l’humain. C’est pour cela que beaucoup reviennent. Il est important aussi pour nous que les habitants s’approprient la chose. Nous veillons aussi que dans ce village il n’y ait pas une autre animation, du style un concours de ball-trap. On réfute l’idée que ce n’est pas le même public, un qui irait au ball-trap et un autre à un concert de musique classique. Car justement nous aimerions que le public du ball-trap vienne écouter de la musique classique. Nous tenons à l’esprit de partage. Nous savons que des amitiés se sont nouées entre des artistes et ceux qui les ont hébergés. Que les gens se rendent compte qu’être musicien c’est un travail. Ces jeunes artistes contredisent l’idée préconçue que les jeunes ne travaillent pas. Les concerts se font au chapeau, mais les artistes ont un contrat, avec un cachet et des charges. Bien sûr, on ne propose pas des cachets de grandes maisons huppées de la scène parisienne. Comme autres recettes, nous avons les communes à qui nous demandons une participation de cent ou deux euros, selon la population du village que ce soit au Département ou la communauté de communes. Mais l’essentiel de notre financement provient de fonds privés, des fondations, des entreprises que nous sollicitons. Ne pas dépendre de l’argent public, nous rend plus libres. »

On pourrait penser que la programmation se centre sur les pièces du répertoire, mais Agnès Desjobert s’en défend : « Nous ne sommes pas un festival de musiques contemporaines, mais nous en proposons, des pièces qui ne dépassent pas dix minutes. Notre ligne est d’avoir une exigence musicale quelque soit la période proposée. »

L’exigence musicale qui n’exclut pas des changements de code, souvent vestimentaires, note Agnès Desjobert : « Les jeunes artistes sortent des conventions genre queue de pie et nœud papillon. Ce qui est important n’est pas forcément l’habit mais c’est d’être respectueux de la musique et d’établir la confiance entre les musiciens et le public. »

Agnès Desjobert se plait dans son village bourguignon où elle a grandi, où maintenant elle siège au conseil municipal. Défendre la ruralité elle sait ce que c’est au quotidien, savoir ce qu’il manque pour une égalité de chance, elle sait aussi. La musique elle connaît aussi, pour avoir appris à jouer de la flûte traversière : « Je ne me sentais pas de dispositions particulières. Je ne pratique pas la musique mais je l’écoute. Je prends des cours de chant. Ça me plait bien le chant lyrique. »

Bruno ALBERRO

 

Pour Que l’Esprit Vive en bref

“Pour Que l’Esprit Vive” est une association reconnue d’intérêt public. L’essentiel de ses revenus proviennent de financements privés. Les dons des particuliers ou des entreprises bénéficient d’un rescrit fiscal.

Dans le cadre du festival Hors saison musicale, l’association organise 40 concerts par an dans 15 départements.

Renseignements au festival Hors Saison musicale