Sa composition, La Femme Samouraï devait être donnée à l’Opéra du Grand Avignon le 20 mars dernier. Cette création du compositeur Pierre Thilloy a été reportée au vendredi 5 février. Faute de pandémie, elle sera diffusée sur la chaîne de l’Orchestre national Avignon-Provence qui lui a passé commande. Au cours de ces mois de confinement, Pierre Thilloy, artiste associé à la Scène nationale Belfort, a entamé l’écriture de Fragments cartographiques. Un recueil de 33 pièces de 33 mesures.

Le 13 mars dernier, Pierre Thilloy est reparti de Vaucluse vers l’Alsace et sa ville de Mulhouse avec ses partitions. L’histoire est connue, un virus de quelques microns a bouleversé la marche du monde. Empêchant en tout cas que fût donné en création “La Femme Samouraï” qu’il a avait composé. Par chance, ou insistance de l’Orchestre national Avignon-Provence qui lui a passé commande, La Femme samouraï est reprise ce vendredi 5 février à l’Opéra Confluence. L’ouvrage sera diffusé à 20h30 sur la chaîne de l’Orchestre.

D’aucuns pourraient se sentir abattus de ne pas jouer devant un public. Il en faut plus à Pierre Thilloy. depuis le début du confinement il joue avec les captations vidéos. Il s’est lancé dans la construction d’une chaîne de Fragments cartographiques. S’astreignant tous les jours de confinement à noircir des portées. A aligner des notes à la suite de clefs. Un fragment par semaine de 33 mesures. Trente-trois en tout sont en cours d’écriture. Comme le Fragment 9, pour orchestre et voix, a été composé au cours de la semaine de Pâques, interprété le Jeudi de l’Ascension, avec la mezzo Laetitia Goepfert. Chacun des cinquante et un musiciens, chez lui, derrière un écran et un micro.

Trente-trois n’est pas le fruit du hasard. Par sa valeur symbolique, dans notre société judéo-chrétienne, il prend tous son sens, explique le compositeur : « Normalement, je devrais terminer en novembre 2020. »

Pierre Thilloy balaie l’idée d’exploit, de courage ou de performance : « A l’annonce du confinement, je ne voulais pas me trouver dans une situation d’attente. Quand on est créateur, on est toujours confiné. Ce que je souhaitais c’est qu’il y ait un maillon qui réunisse chaque fragment pour constituer une chaîne. »

Pour l’instant, ses Fragments cartographiques sont visibles sur sa chaîne YouTube. Pierre Thilloy compte bien que ces épisodes multimédia deviennent une création dans le temps. Une date est annoncée en novembre à Belfort à la scène nationale Le Granit où il est artiste associé.

Le temps justement, Pierre Thilloy en a mesuré la fragilité et son importance : « Pour composer trois minutes d’un ouvrage symphonique, il me faut trois à quatre heures. Ce temps d’écriture est celui de la solitude. »

Il avait décidé que le 13 juillet, il s’isolerait pour un mois : « Je me confinerai tout seul. Ce sera différent puisque rien ne me l’impose. »

Cette vie intérieure n’empêche pas le compositeur alsacien de poser son regard sur les événements espérant que les arts soient reconnus comme nécessité absolue à l’Humanité : « Au départ, nous étions 21 artistes choisis comme artistes associés à une Scène nationale, puis une nouvelle commission a décidé de réduire à dix. »

Pourtant, il mesure auprès du public la place de la Culture dans notre société et n’attend qu’une chose : qu’elle soit à nouveau accessible.

Pour la création de la Femme Samouraï, tout n’est pas perdu, cette partition n’ira pas dans les cartons des archives, l’Opéra d’Avignon a opté de le reporter en février 2021.

Bruno ALBERRO

 

Photo crédit Loïc Salfati.

La Femme samouraï en bref

La Femme samouraï est une création du compositeur Pierre Thilloy, à la demande de l’Orchestre national Avignon-Provence avec lequel Pierre Thilloy est parti en tournée en Inde, en 2013. Elle sera diffusée le vendredi 5 février à 20h30 depuis l’Opéra Confluence à Avignon sur la chaine de la phalange avignonnaise.

La direction musicale a été confiée à Gast Waltzing. La chorégraphie revient à Chinatsu Kosakatini.

Renseignement à l’Orchestre national Avignon-Provence 

 

Le coin vidéo

Renseignement à Pierre Thilloy