Elle ignorait en s’inscrivant en cours de musique occidentale, au conservatoire de Beyrouth qu’elle apprendrait à chanter des airs d’opéra. Lara Jokhadar a délaissé la musique pop, le jazz pour se consacrer à l’art opératique.

Quand le hasard fait bien les choses. C’est ainsi que Lara Jokhadar est devenue soprano, alors qu’elle se serait vue chanteuse de pop-music ou de jazz. Au conservatoire de Beyrouth, elle a voulu s’inscrire dans la classe Musique occidentale : « Je ne savais pas que ce serait pour apprendre à chanter de l’opéra. Ça a été un coup de foudre. »

La soprano libanaise Lara Jokhadar. Photo crédit Tony Hatem. Jo

La soprano libanaise Lara Jokhadar.

Un art qui se démocratise au Liban : « C’est en train de se développer même si ce n’est pas dans nos mœurs et dans nos traditions. L’opéra trace son chemin au milieu de la culture arabe orientale. Il y a un projet de construction d’opéra au Liban, comme il y en a un à Damas en Syrie. Je vais y chanter régulièrement. L’Orchestre national se produit dans la cathédrale de Beyrouth. »

La soprano libanaise aimerait chanter en Europe, mais convient que c’est difficile : « Il y a beaucoup de concurrence. J’ai chanté un peu, car je suis allée poursuivre mes études à Rome. »

Elle a chanté dans la création contemporaine “Antar Abla”

Pour l’instant elle se produit en concert ou dans des opéras en langue arabe, même si son temps opératique est suspendu : « Nous avons beaucoup de jeunes compositeurs qui font des choses intéressantes que ce soit dans les lieder ou de nouveaux opéras. J’ai chanté dans l’ouvrage “Antar Abla” qui raconte l’histoire d’un poète avant l’islam. C’était il y a quatre ans au Liban. Ensuite, nous sommes partis en tournée au Liban, Bahreïn, à Oman et en Arabie saoudite. C’était la première fois où des femmes pouvaient chanter sur scène sans être voilées. »

Comme le reste de la planète, les Libanais vivent confinés : « Pour la troisième fois, un confinement total. Pour les artistes, c’est la galère. Tous les financements sont essentiellement privés. Ce n’est pas comme en France où il y a des mutuelles et le statut des intermittents. Il y a bien quelques syndicats mais pour l’instant, ce n’est pas performant. »

Difficile de parler de Beyrouth sans évoquer l’explosion qui s’est produite au port détruisant de nombreuses maisons et immeubles : « Deux quartiers ont été touchés. C’était des quartiers où ils y avaient des restaurants et des touristes où on pouvait attendre des artistes. La reconstruction va reprendre mais avec la pandémie et la crise économique, ça va prendre du temps. La livre libanaise a été dévaluée six fois. »

En attendant la reprise, Lara Jokhadar travaille à un projet où elle écrit et compose ses propres chansons : « Ce sera dans un style entre la musique orientale et d’opéra. J’aimerai en faire un album. En attendant, je continue à apprendre des rôles. »

Bruno ALBERRO

 

Photos crédit Tony Hatem.

Renseignement à Lara Jokhadar

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