Allez à la rencontre des racines lyriques. La chanteuse Fanny Perrier-Rochas invite le spectateur à revenir 2000 ans en arrière, au Moyen-Orient. Jusqu’au 31 juillet, elle investit la chapelle des Italiens au festival off d’Avignon où dans son spectacle elle chante en araméen, en arabe classique ou en grec ancien. Si son projet est original, le parcours de la jeune femme ne l’est pas moins.

Avignon : Rencontre avec Fanny Perrier-Rochas, soprano

Avignon : Rencontre avec Fanny Perrier-Rochas, soprano

Il existe la musique écrite que les rats de bibliothèque retrouvent sous des années de poussière ; il existe aussi la musique orale, elle traverse les siècles de bouche à oreille, de génération en génération jusqu’à nous. Des musiques captées par la soprano Fanny Perrier-Rochas pour en faire un programme qu’elle distillera au festival off d’Avignon jusqu’au 31 juillet. Elle prendra ses quartiers à la chapelle des Italiens à 16h30 pour reprendre son spectacle “Du fond des âges”. Elle le présente comme une litanie de chants sacrés qu’elle interprète en araméen, en grec ancien ou en arabe classique, inspirée par la musique byzantine ou syriaque.

Elle ne juge pas important qu’elle soit soprano : « Je serais une soprano dramatique car je peux chanter très haut mais aussi très bas. Mais ce n’est pas important, car ces chants sacrés on peut les chanter dans toutes les tessitures. » Un répertoire plus rare encore que ne peut l’être la musique médiévale ou celle de la Renaissance. Alors une niche ? « On pourrait le penser. Mais pas pour moi. Pendant quatre ans et demi, j’ai travaillé tous les jours. J’ai mis ma vie entre parenthèses. Pendant tout ce temps, j’ai mené une vie quasi monacale. Avec le recul, je me dis que ce que j’ai fait est incroyable. »

Avignon : Rencontre avec Fanny Perrier-Rochas, soprano

Fanny Perrier-Rochas a vécu cette phase de recueillement après Science Po et un master de chose publique, Fanny Perrier-Rochas est allé chercher le silence en devenant bergère.

Niche donne l’idée d’exception, mais indique aussi un écrin douillet pour un public réservé. Ce n’est pas l’avis de Fanny Perrier-Rochas, forte de son expérience remontant à deux ans maintenant : « Au festival d’Avignon en 2019, on a pu faire le constat que le public avait envie de revenir à ses racines, au premier siècle de notre ère chrétienne. C’est un retour aux sources de la musique. Elle laisse beaucoup de liberté d’interprétation.»

Elle pense que ce retour aux sources du chant sacré originel peut attirer un public plus jeune que celui des salles de musique classique. La cantatrice poche un parallèle entre son spectacle et la société actuelle avec la prise de conscience de certains quant à la nécessité de revenir aux racines du monde : « Je pense que le public suit la même démarche que la mienne. On sent ce courant du respect de l’environnement, de protéger la Terre. Tout ce chamboulement pousse à réfléchir. “Au fond des mondes” aide au recueillement et renvoie à deux mille ans d’histoire avec des chants nés dans des grottes du Liban.»

Sciences Po ,un Master et une vie de silence comme bergère

Elle-même a vécu cette phase de recueillement après Science Po et un master de la chose publique, Fanny Perrier-Rochas est allée chercher le silence, en devenant bergère. Elle confie avoir perçu le sacré de la vie dans cette solitude.

Si cette musique venue de la nuit des temps l’a nourrie pendant toutes ces années, Fanny Perrier-Rochas se prépare à tourner la page : « J’aspire maintenant à d’autres sources.» Pendant toute cette année d’isolement pour cause de pandémie, elle dit avoir élargi son spectre musical en écrivant et en composant sur ses propres textes : « Je me suis rendu compte qu’il y a plus de vie au bord de l’eau ou à l’orée d’une forêt que dans la forêt elle-même. A la frontière des choses ou au sommet d’un crête, c’est plus fertile. Pendant cette période confinement, j’ai ressenti un appel à plus de silence, plus de simplicité. » Elle glisse que l’été dernier, parmi les invitations à des concerts “Covid-compatibles”, elle a chanté dans des arbres : « J’aime les contextes où la musique s’écoute et j’ai envie de donner plus de temps à ce qui rende possible la musique. »

Bruno ALBERRO

 

Où entendre Fanny Perrier-Rochas ?

  • Du 7 au 31 juillet à 16h30 à la Chapelle des Italiens, 33 rue Paul-Saïn, à Avignon, Durée : 1H. Réservations au 09 52 42 66 72.

Renseignement à Fanny Perrier-Rochas 

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