Au foot, ce serait Deschamps, au rugby Fouroux, au hand Karabatic, à l’opéra le Roberto Alagna est de cette veine de champion qui impulse l’énergie. On l’a vu ce samedi soir aux Chorégies d’Orange où il partageait la scène du théâtre antique avec le baryton Ludovic Tézier et la basse russe Ildar Abdrazakov. Un trio impérial sous la statue d’Auguste. Pouvait-on rêver mieux ?

Même si dans le sport, l’association des meilleurs joueurs du moment ne font pas une équipe, à l’opéra oui, même si l’opéra est différent. On peut associer trois voix de stars avec bonheur, même si chacun des trois artistes apportaient des couleurs différentes et ne  jouent pas dans les mêmes tessitures. Bien que, les esprits lyriques se souviennent des Trois ténors.

Alagna, Tézier, Ildar Abdrazakov pourraient entreprendre une tournée mondiale avec le même succès que leurs aînés si on en croit cette Nuit verdienne, montée par le directeur du festival lyrique, Jean-Louis Grinda, après le jet d’éponge de la Scala de Milan pour cause de crise sanitaire.  Comme chef d’orchestre, les Chorégies avaient invité le chef russe Konstantin Tchoudovski qui disposait devant lui de l’Orchestre national de Lyon pour diriger trois voix d’exception avec une baguette plus démonstrative pour les parties chantées. Une façon de se mettre au diapason des trois interprètes sur l’immense plateau sans décor et pourtant tellement rempli de leur présence. Et c’est bien là aussi la classe : occuper l’espace sans artifice autre que son costume de ville  et des chaussure vernis. Simplement en étant là avec sa voix et son charisme. Et la magie a opéré, dépassant les attentes du public.

Il suffit de garder à l’image le rappel où les trois complices ont délaissé Verdi pour aller vers d’autres arias. Ludovic Tézier se lançant après les regards des deux autres : vas-y ! non, plutôt toi. Bon d’accord. Et de voir Roberto Alagna et Ildar Abdrazakov s’asseoir sur les marches de la porte royale pour soutenir le baryton interprétant “La quête”, extraite de Don Quichotte, faisant oublier la version de Jacques Brel, pourtant lui aussi chanteur charismatique.

Puis ce fût autour d’Ildar Abdrazakov d’entrainer les gradins romains dans les steppes slaves avec “Les yeux noirs”, chanson russe d’après le poète ukrainien Yevhen Hrebinka.

En chef de bande, Roberto Alagna fermait la marche lyrqiue, délaissant un temps sa Sicile pour interpréter cette chanson napolitaine “Funiculì funiculà” avec comme chœur ses deux complices d’un soir, le public ravi et même Konstantin Tchoudoski tellement heureux de donner de la voix après ses lectures verdiennes.

Si le rappel a été festif, si la complicité des trois chanteurs étaient prégnantes, Tant Alagna, que Tézier ou Abdrazakov se devaient de convaincre, même des spectateurs acquis à leur cause et à leur notoriété. Et le résultat était au-delà des espérances, surtout quand on est chez Verdi, où rien n’est simple sauf l’apparence.

Il suffit de se souvenir de l’entame d’Alagna avec l’air l’Alvaro dans La Force du destin, Tézier demandant pitié pour qu’on lui rende sa fille dans Rigoletto ou encore cette longue tirade de Philippe II/ Abdrazakov dans Don Carlo.

Bruno ALBERRO

 

Au programme des Chorégies d’Orange

  • Le mardi 27 juillet à 21h30, ciné-concert avec “Le Kid” de Charlie Chaplin avec l’Orchestre national d’Avignon-Provence dirigé par Debora Waldman ;
  • Le samedi 31 juillet à 21h30, La symphonie des jeux vidéos.

Renseignement aux Chorégies d’Orange