1. Charles Aznavour, le chanteur aux quelque 1400 chansons, écrivait à propos de l’Arménie, son pays de cœur, et pour les causes qu’il a défendues : “Même si je suis loin en raison des mes obligations, mon cœur demeure en Arménie… Mon désir le plus vif est que la jeunesse trouve sa place et puisse s’épanouir dans une Arménie prospère et en paix”.
    La communauté arménienne pleure le chanteur mort dans la nuit de dimanche à lundi à l’âge de 94 ans. La pianiste Sofya Melikyan est née à Erevan en Arménie et elle est installée en France : «Je ne l’ai pas rencontré personnellement mais pour moi, c’est un héros national. Il était très aimé et très respecté en Arménie. Il a beaucoup aidé le pays, surtout après le tremblement de terre de 1988. C’est une perte irremplaçable pour l’Arménie, pour la diaspora et même pour le monde entier. Il disait qu’il se sentait 100 % Français et 100 % Arménien.»
    La concertiste confie que pour lui rendre hommage, plutôt que de jouer des musiques de Charles Aznavour, elle lui dédiera un de ses concerts : « Parmi les chansons qu’il a composées, celle que j’aime beaucoup c’est l’Ave Maria. »

Le soprano Armelle Khourdoïan livre aussi ses sentiments, elle qui a chanté à ses côtés à l’ONU à Genève : «Je ne pensais pas que je serais autant touchée par la disparition de notre Charles Aznavour. Moi qui partage les même origines que lui (et presque le même métier!), ce que je ressens est assez personnel. Toute petite déjà, j’appréciais ses chansons, sa voix, son charisme, mais surtout, je me sentais fière lorsque je réalisais que cet homme incroyable, aux multiples talents et à la notoriété internationale avait les même racines que les miennes. Encore aujourd’hui lorsque je dis être d’origine arménienne, on s’exclame: « Ah! Comme Charles Aznavour ! ».

Elle ajoute: : «Et je ne peux m’empêcher d’étaler un large sourire et d’être reconnaissante pour ce qu’il a apporté au monde de la musique française: une élégance, une fougue, un charme… Je me souviens en particulier de la chanson « Pour toi Arménie » qu’il avait écrite et chantée avec toutes les stars de l’époque, afin de récolter des fonds pour les arméniens, suite au terrible tremblement de terre qui avait fait 30 000 morts, en 1988.»

Il est aussi pour moi, un exemple à suivre. Comme il le disait lui même, il venait de loin : il n’avait pas le bon physique, la bonne voix, les critiques étaient très négatives (par exemple: « il ne sera jamais, avec le moulin à poivre qui lui sert de gosier, ce qu’on appelle encore un chanteur » écrivait Le Figaro), mais il s’est accroché. Il avait une volonté incroyable, une force de caractère, un amour du travail et de la musique, et c’est pour moi très inspirant.

Il y a tout juste quelque mois, j’ai eu la chance de partager la scène avec lui, au Palais des Nations Unies de Genève. Lorsque je l’ai aperçu, j’étais vraiment impressionnée. Il était pourtant tout petit, plus tout jeune (pour ne pas dire très âgé!), et un peu ronchon! Mais il dégageait une sorte d’aura, de puissance, de joie de vivre. Il m’a saluée en arménien; j’étais très émue et me suis dit: « Qu’est-ce qu’il est beau!! ». Cette beauté qui ne s’explique pas… ce regard qui parle… cette voix qui envoûte.

Merci Charles.